Interview Laurent Fréchet*, président de la branche restauration au GNI

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Les critères d’alerte maximale semblent atteints, vous vous attendez à une décision de fermeture imminente ? Oui, les dés semblent jetés. Mais cette décision de l’Etat pourrait se résumer à dire, «Il y a deux fous furieux qui roulent à 250 km/h sur l’autoroute, je la ferme.» Ce qui apparait comme une punition collective et donc une décision inique et catastrophique. On n’a jamais prouvé que nos établissements sont à l’origine de la pandémie. Or les gens ne vont pas s’arrêter de vivre, ils vont aller au théâtre, prendre le métro et les étudiants vont se retrouver dans des petits studios pour faire la fête. 

Justement,  avec l’UMIH vous appelez les restaurateurs à se faire entendre chaque vendredi midi, c’est l’union sacrée entre les deux syndicats ? Oui sur les grands points. L’important pour le GNI comme pour l’UMIH c’est de défendre la profession en évitant le n’importe quoi et les initiatives personnelles de certains qui essayent de récupérer les actions. Pour nous, il est essentiel que le grand public comprenne notre situation catastrophique. 


Qu’attendez-vous de l’Etat ? Qu’il fasse respecter le protocole sanitaire. Il n’y a pas assez de contrôles ni de répressions. Comme dans tous les secteurs, certains – dans le CHR, NDLR- ont des comportements de voyous. D’autres ont perdu beaucoup pendant le confinement et voient leur voisin faire n’importe quoi et sont tentés de l’imiter. La peur du gendarme fait réagir les gens. Un premier rappel avant la verbalisation, cela inciterait à une réflexion. D’autant qu’en cas de fermeture administrative, il faut savoir qu’on perd toutes les aides. 
On doit aussi régler le problème des loyers ? On ne peut pas avoir ce niveau de charges qui pèse sur les entreprises. Il faut réfléchir à des éléments de solutions – une subvention ou un blocage des loyers-  afin d’éviter par exemple que les bailleurs, au bout de neuf ans, ne profitent des déplafonnements pour augmenter leur bail.  

propos recueillis le 30 septembre.

Laurent Fréchet est notamment le patron du Baltard (Paris 1er)

Les arguments du GNI

Dans un communiqué daté du 30 septembre intitulé “Les hôtels, cafés, restaurants, unis pour éviter le pire“, le GNI précise :

«La lettre épidémiologique du 24 septembre qui fonde les mesures du Ministre de la Santé fait état de 50 clusters dans la restauration sur les 2 328 recensés en France. C’est 2%.
Cette même lettre indique que dans ces « clusters de la restauration » le nombre moyen de cas est de 6 contre 10 en moyenne dans un cluster et la population moyenne exposée de 70 personnes contre 131.
Enfin la criticité, qui indique le pourcentage de propagation et de diffusion du virus, serait selon ce même document de 20% dans la restauration alors que la criticité moyenne des clusters est de 30%.
Quant à l’enquête américaine concluant à un risque de contamination 2 ou 4 fois plus élevé selon que l’on fréquente un restaurant ou un bar, elle ne portait que sur 310 personnes dont seulement la moitié était contaminée. Un échantillon sans la moindre représentativité et une étude sans valeur scientifique.

…Mais nous préférons être force de propositions », poursuivent les responsables des organisations.
Les 4 organisations exposent leurs propositions afin d’éviter le pire c’est à dire des fermetures généralisées : 
• Mettre en place dans les établissements un « CAHIER DE RAPPEL » afin de garder à disposition des autorités sanitaires les coordonnées des clients en cas de contamination et de les aider à remonter le fil des cas contacts.
Les clients pourront laisser leurs noms et numéros de téléphone qui seront conservées pendant une durée d’un mois. Ils seront ainsi alertés par les autorités sanitaires en cas de suspicion de contamination de toute personne présente dans un établissement en même temps qu’eux.
 Cette mesure a déjà montré son efficacité à l’étranger.
• Inviter les salariés ainsi que les clients à la prise de leur température préalablement à l’accès à l’établissement.
• Organiser avec les autorités sanitaires les conditions d’un dépistage massif de tous les professionnels du secteur au moyen de plages horaires avec accès prioritaire qui leur seront réservées.
• Assurer les paiements des clients à table afin d’éviter leurs déplacements au sein des établissements
• Limiter à 8 le nombre de convives à une même table.
• Gestion des réservations
 
Ces mesures, s’appliqueraient en plus de celles déjà obligatoires contenues dans le protocole sanitaire dont un rappel sera fait notamment sur l’interdiction de consommation debout en intérieur comme en extérieur.
Les organisations veulent pouvoir échanger avec le Ministre de la Santé, lui exprimer l’engagement des professionnels à respecter et faire respecter dans l’exercice de leur activité un protocole sanitaire renforcé afin de continuer à travailler.
« C’est la survie des établissements qui est en cause. Ni nos professionnels, ni l’État n’ont les moyens d’une nouvelle fermeture. Pour l’éviter, nous devons tous être responsables et revoir le protocole sanitaire. Nous espérons que le Ministre de la Santé acceptera de s’asseoir à la même table que nous pour y travailler » concluent les organisations.

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