Drugstore publicis rupture de style ou continuité ?

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Né dans l’esprit de Marcel Bleustein-Blanchet, fondateur de Publicis, pour coller à une modernité américaine conquérante comme une chanson de Sardou, le Drugstore Publicis et ses deux petits-frères disparus depuis, celui de Matignon et celui de Saint-Germain, symbolisent pour beaucoup de Parisiens les années soixante et soixante-dix. Des espaces ouverts tard dans dans la nuit permettant de trouver livres, presse, alcools, capotes ou aspirines et même de grignoter…

“J’ai pas peur des petits minets. Qui mangent leur ronron au Drugstore…” chantait Dutronc.

 

Le fameux Slavik  avait signé la déco de ce manifeste de modernité  aux teintes rougeoyantes destiné à renvoyer aux oubliettes de l’histoire le bistrot de Papa. Près de 60 ans plus tard, Maurice Lévy, patron de Publicis a souhaité laisser sa marque  avec un nouveau Drugstore Publicis avant de quitter son poste. Il a  choisi Eric Fréchon pour la cuisine et un cador du design, le Britannique Tom Dixon, ex-directeur artistique d’Habitat avant de fonder la marque qui porte son nom.

L’homme maîtrise la lumière comme personne et ses sièges inspirés de ceux de Matégot sont dans l’esprit des années  50  à  l’exception de son rang de fauteuils Micro Wingback évoquant l’univers « bullo-spatial” des seventies.

 

Pour un peu on pourrait penser que les designers britanniques déboulent à Paris – voir le cas du Gramont avec Martin Brudnizki – pour décliner une décoration inspirée des années cinquante.

«Cette époque est devenue un parangon stylistique pour les designers ou décorateurs contemporains et personne ne semble plus imaginer la dépasser. Elle parle à l’inconscient sur deux registres principalement : d’une part, c’est une époque optimiste, celle de la reconstruction, la société allait de l’avant, vers un monde nécessairement meilleur et d’autre part, l’époque est marquée par une certaine pauvreté des matériaux et des modes de fabrication : il s’en dégage une sobriété qui est une clé du design contemporain. » explique Pierre Doze critique en design et enseignant à l’Ecole Cantonale d’Arts de Lausanne.

Sur ce dernier point, le Drugstore ne donne pas forcément dans la légèreté avec un recours à une multitude de matériaux, dont certains précieux comme le marbre. Comme le rappelle Pierre Doze, « Dixon s’est fait une spécialité de la brillance. Sans doute faut-il y voir un effet de la pompe londonnienne, de cette ville avec la City gavée d’argent ces vingt dernières années. » Paris prendrait-t-il le même chemin ?

A propos de la gastronomie du Drugstore d’Eric Fréchon

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