Un “Melon mal assis”

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Être à cheval sur le règlement des A.O.P. c’est accepter et s’imposer des contraintes. Jugées nécessaires à l’équilibre des appellations, elle ne passent pas toujours bien auprès de vignerons que démange l’esprit de créativité…

« Le génie d’un vin est dans le cépage » notait, il y a des siècles, Olivier de Serres. A-t-il médité ce propos, Laurent Frochet qui, à Maisdon-sur-Sèvre, exploite depuis une trentaine d’années, le Domaine de la Tourette essentiellement complanté en Melon de Bourgogne ?

Un enfant perdu de la Bourgogne

Répudié d’abord par Philippe-le-Hardi (1395) puis honni par un autre Philippe –Philippe II roi d’Espagne et Comte de Bourgogne- qui promulgua par ordonnance (décembre 1567) l’interdiction « par advis de son gouvernement du Comté, de planter et d’édifier de nouveaux Gamez, Melons », et enfin condamné à la peine capitale par les Parlements de Bourgogne et de Franche-Comté qui, de 1700 à 1731, ordonnèrent sa destruction, le melon fit profil bas. Il se planqua, émigra, changea d’ identité sous d’autres cieux (gamay blanc ou petite biaune en Berry , pétoin dans l’Orléanais…). Il échoua en Anjou , s’identifia petite bourgogne ou -déjà !- muscadeaulx , puis en Pays Nantais qui devint sa terre d’élection, surtout après l’épouvantable hiver de 1709 au cours duquel ses souches résistèrent aux gelées. Toujours à l’affût de bons coups commerciaux, les négociants hollandais qui percevaient en lui des fragrances muscatées, s’employèrent à cultiver sa renommée sous le patronyme « muscadet ». Patronyme qui enchanta nombre de distillateurs lesquels l’utilisèrent pour obtenir du vin de chaudière. Toujours par crainte des gelées, l’habitude fut prise de le vendanger le plus tôt possible, sans attendre son plein épanouissement. Ce qui, d’une certaine manière, contribua à asseoir sa réputation de rugueux vin de comptoir pour matelots en goguette, voire pour dégustateurs peu regardants sur la complexité des vins…

Nouveaux espoirs, nouvelles perspectives

Rendons grâce à Bacchus ! Aujourd’hui le Melon de Bourgogne accouche souvent de très beaux muscadets. Certains vignerons, épris de diversités gustatives, ne dédaignent point ce Don Juan des papilles qui, le printemps venu, exhibe avec fierté ses bourgeons cotonneux à liseré carmin. Un Don Juan certes fragile à l’instar des grands séducteurs – sa sensibilité à la pourriture grise lui valut en Saône-et-Loire le surnom peu glorieux de « pourrisseux »- mais capable, lorsqu’il va au bout de ses possibilités, de produire des vins de haute expression… Quelques uns de ces vins, canailles au point de « ne pas avoir la typicité requise et attendue des muscadets » n’auront d’autre recours que celui de s’affubler de l’étiquette « Vin de France ». A croire décidément que ce sacré Melon, ce métis du Gouais Blanc et du Pinot noir, est voué à n’être qu’un paria.

De tout cela, Laurent Freuchet n’en a cure. A côté de ses glorieux muscadets, respectueux, eux ! des canons de l’appellation, il n’a pas craint de se lancer dans une opération visant à donner une ampleur toute neuve au Melon de Bourgogne, pour proposer un vin dont la palette aromatique offre des séductions « hénaurmes ». C’est Don Juan et Casanova en un seul flacon qui, au passage, s’est payé le luxe de décrocher la timbale d’Or , «Best value Selection » au concours 2020 ANIVIN de FRANCE. Son nom : Le Mal’Assis. Un chenapan ? Un malapris de la barricaille ?..Vous le nommerez comme bon vous semble, peu importe ! mais pas avant de l’avoir dégusté…

Domaine de La Tourette-Le Mal’Assis 2019


Ce Mal’Assis est issu de vignes incrustées sur un terroir de gabbro, habituellement déclencheur de subtilités minérales. Laurent Freuchet a désiré les débusquer en plantant ses melons très serrés (6500 pieds/ha). Aucun insecticide n’a été répandu sur ses vignes (serait-ce une amorce vers le bio ?). Elles ont produit des jus, qui nés de presses douces, élevés en cuves thermorégulées, paradent, resplendissants, dans un superbe uniforme jonquille nuancé d’éclairs platine. Approche visuelle annonciatrice de délicatesses aromatiques.

Laurent Freuchet

L’olfaction est un compromis heureux entre puissance et élégance. Puissance conjointe des floralités (acacia, tilleul) et des fruits (pamplemousse, fruit de la passion, prunelle). Vient s’y mêler, en rétro-olfaction, un fin minéral concassé issu du gabbro. La bouche est à l’unisson : attaque large, affirmée avec brio, autour des saveurs citronnées, de la pêche blanche qui croque sous la dent et une tendre présence de sucre résiduel. La finale, longue et délicatement sapide, apporte un côté rafraîchissant. De l’apéritif avec des tapas, avec une sole meunière et, petite audace, avec une terrine de foie gras, ce Mal’Assis nous a semblé irréprochable.

Prix départ cave : 6 €
Domaine de La Tourette- 11 bis, Le Gast- 44690 Maisdon-sur-Sèvre –

http://www.passionnement-vins.com

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