Le dernier verre du 14 mars….

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En France, beaucoup se souviendront de ce qu’ils faisaient le 14 mars  2020 quand le Premier ministre prononça ces mots jamais entendus au pays de Voltaire : «Nous avons vu trop de gens dans les cafés et les restaurants…» comme un préambule pour annoncer la fermeture de  tous les commerces non indispensables, façon de parer à la contagion exponentielle du Covid-19.


A Paris, vers 19h, c’était une soirée printanière et légère. L’insouciante jeunesse se pressait sur les terrasses pratiquant l’Happy hours. D’autres établissements, plus statutaires et fréquentés par une clientèle plus âgée comme le Suffren, semblaient quant à eux déserts. Lucidité des anciens ? 
Sitôt la fermeture de minuit connue, Marcel Bénézet en charge de la branche Cafés du GNI s’affirmait KO tandis que d’autres patrons avouaient s’attendre à cette mesure surtout depuis que la Belgique avait décrété la fermeture des  bars et restaurants la veille.


«On se doutait bien qu’on allait y passer mais on ne s’attendait pas à quelque chose d’aussi brutal, en 4 heures…» expliquait sur BFM Alain Fontaine, le président des Maîtres-Restaurateurs et patron du Mesturet, regrettant que beaucoup de marchandises seraient jetées. Verra-t-on comme il l’a pronostiqué le développement de la vente à emporter chez ses confrères et l’accroissement de « l’Ubérisation» du métier ? Ce serait alors une ironie de l’Histoire plutôt amère pour celui qui a fondé l’association visant à faire reconnaitre par l’Unesco l’art de vivre dans les bistrots, antres de convivialité. Par la grâce du Corona, il s’agirait désormais de paver un peu plus l’autoroute aux Deliveroo et autres Uber Eats … déjà champions pour surfer sur le cocooning ou le repli sur soi, en proposant à des jeunes des boulots de livreurs sans perpectives d’avenir…

Sans parler évidemment du risque non évalué à ce jour du virus transporté sur la boîte ou du postillon infecté dans le bourguignon ? Nul ne sait, durant ce confinement imposé, combien de restaurateurs classiques feront appel à leurs plateformes ou bien se lanceront dans la vente à emporter plus artisanale. Si certains tabac-cafés s’y sont mis, tous n’y sont pas prêts. A l’exemple de Gilles Breuil du restaurant Bourgogne Sud (Paris 9e) qui craint d’y perdre beaucoup et avoue manquer de courage. La montagne de paperasse actuelle, le chômage partiel des employés, les rendez-vous avec les banques sont déjà une épreuve … Surtout qu’il leur faut, en plus, pour tenter de survivre comme chaque citoyen diviser par quatre leurs interactions sociales. Ce qui pour un restaurateur jovial équivaut à se couper la langue et les quatre membres … et à devenir un homme tronc muet. 

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