Intoxication alimentaire au reblochon : nouveau coup de semonce pour les AOP au lait cru ?

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Il y a des façons plus heureuses de fêter ses 60 ans pour une AOP que d’avoir sept jeunes enfants intoxiqués par l’Escherichia coli (aussi appelé STEC*) après qu’ils aient consommé du reblochon durant la semaine du 7 mai. Ouf, six sont rentrés chez eux. La traque à l’origine de la bactérie est en cours dans la Fruitière Chabert, un des gros fromagers indépendants qui aurait fabriqué le lot incriminé pour Leclerc sous la marque  « Nos régions ont du Talent ». 

Le reblochon, fromage AOP alpin au lait cru, a une forte personnalité. Il a banni l’ensilage et privilégie le foin. Résultat : une production croissante année après année ( 15 000 tonnes), contrairement à nombre d’autres AOP fromagères. 

Vaches tarines en Savoie, une des races autorisées pour le lait du reblochon

Mais cet accident ne va-t-il pas servir aux hygiénistes pour avancer leurs pions vers une obligation de pasteuriser le reblochon ? D’autant que depuis 2005 avec le rachat de Pochat, le géant Lactalis est dans la place. Sans remonter aux débats homériques sur les camemberts pasteurisés, on peut imaginer que le N°1 mondial du lait soit extrêmement sensible sur ce point surtout depuis le récent scandale de ses laits infantiles. 

Jérôme Buffet, président du syndicat du Reblochon ne voit pas de danger de ce côté. «Lactalis ne représente que 35 % du volume. Pour eux, il n’est pas question d’abandonner le lait cru. Au contraire, c’est la première entreprise à avoir analysé les STEC ». «Cette bactérie est aussi difficile à traquer qu’une aiguille dans une botte de foin » poursuit le patron du Reblochon qui s’emporte, en revanche, contre le souhait du risque zéro de l’administration, à commencer par la DGS (Direction Générale de la Santé).

L’homme menace de porter plainte. «La solution n’est pas de tout pasteuriser.» Pas question non plus de suivre l’exemple du crottin de Chavignol. «Dans leur cahier des charges, il ont accepté de thermiser le temps de la crise. Ce n’est jamais passager. Il nous faut gagner la bataille du temps pour mettre en place les moyens de combattre les STEC. Et on y arrivera ! » 

 

Tous les reblochons Chabert estampillés 74.096.050 sont rappelés.Les deux ministères -agriculture et santé- ont décidé, à la suite de l’enquête de traçabilité conduite ce week-end, de rappeler l’ensemble des fromages reblochons entiers au lait cru fabriqués sur le site de Cruseilles (Haute-Savoie) de l’entreprise Chabert (marque sanitaire FR 74.096.050 CE). Les produits fabriqués sur les autres sites de Chabert (avec une marque sanitaire différente) ne sont pas concernés par cette alerte.

 

L’affaire tombe d’autant plus mal qu’en avril, France Inter avait révélé qu’une dizaine de personnes âgées étaient décédées entre novembre 2015 et avril 2016 après avoir consommé des morbier et Mont d’or contaminés à la salmonelle … La plupart étaient malades ou très vulnérables, ce qui pousse Patrice Chassard, président de la Commission Nationale des Appellations Laitières (CNAOL) à l’INAO et producteur de Saint-Nectaire, a souligné la pertinence de la citation attribuée à Claude Bernard : «Le microbe n’est rien, c’est le terrain qui est tout.» Il n’empêche, l’homme ne s’avoue pas très optimiste «Si ça continue comme ça, on peut s’interroger sur l’avenir du lait cru. » 

*Les STEC ou Shiga-toxin-Producing Escherichia coli (E. coli), sont des bactéries présentes dans le tube digestif de l’homme et de la plupart des animaux à sang chaud. 

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