L’Intrus – Domaine de Ventenac- Elégants badinages d’un Breton égaré

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C’est un fichu gaillard le cabernet-franc. Natif d’Euskadi, côté Espagne, il s’est identifié en Pays Basque français sous le patronyme Acheria, puis dans les sables landais sous la forme Sable rouge, avant de rejoindre, à partir du Boucau, l’estuaire de la Loire où il prit le nom de Breton.

Il voyagera ainsi, d’aventure en aventure, de petit port en petit port ou grand port -Bordeaux puis La Rochelle, puis Saint-Nazaire, et puis! et puis! et puis!… jusqu’à de multiples haltes ligériennes où, selon Rabelais, il va s’épanouir en “bon vin breton lequel ne croist point en Bretagne mais en ce bon pays Verron”. Preuves indubitables que la bougeotte est inscrite en ses gènes.

Anobli définitivement en cabernet-franc, il traînera après lui, conséquence de ses cabotages, une flopée de synonymes locaux ou régionaux -Bouchy, Messanges,Trouchet, Gros Bouchet, Grosse Vidure, Carmenet…- qu’aujourd’hui les vignerons signalent aux aficionados de l’œnotourisme. Mais, comme sa célébrité acquise en Pays de Loire lui colle à la pulpe, la vox populi bachique aura tendance à faire de lui un ligérien pur moût. Et chaque fois que quelque hasard gustatif le découvrira hors du grand Val de Loire, il passera alors, et plutôt facilement, pour une espèce d’intrus.

Bienvenus les ch’tis !

L’Intrus, c’est précisément le nom de baptême choisi par les enfants et le gendre d’Alain Maurel, ce dernier venu du nord en 1973 pour créer un domaine où l’on choisira de planter ses vignes en haute densité. Il faut croire que les vents qui soufflent en Cabardès, véhiculent « avec infiniment de brumes à venir » , passion, détermination et culot. Car le domaine de Ventenac propose, même à l’improviste, des vins de belle qualité. En A.O.P. ou I.G.P. et , il fallait s’y attendre, dans cette catégorie un brin fourre-tout prénommée Vin de France.

Aussi, introduire du Breton en plein Pays d’Oc relève-t-il de la passion autant que d’une curiosité aiguisée par la perspective de savoir si, vraiment, « le génie d’un vin est dans le cépage ». Jugement formulé il y a des lustres par un certain Olivier de Serres… Il fallait être ch’ti pour oser. Et lancer sur le marché languedocien cet Intrus, lequel, à l’instar du P’tit Quinquin « comme un p’tit mylord, i s’ra faraud ». Faraud –au sens ch’ti du terme !- il l’est. Avec « sin biau sarrau », vesture noble qui, affichant un grenat profond, annonce une riche olfaction ouverte sur des arômes de fruits noirs surmûris, stimuléq de notes de poivre, de romarin et de tapenade. Armée de tanins qui ne s’en laissent pas conter, la bouche, ample à l’attaque, a le bon goût de se faire dense avant de virer coquette sur une finale soyeuse, au grain fin. Un intrus capable de se bonifier quelques années en cave. Nous le verrions bien danser… la gigue en compagnie d’un gigot d’agneau.


Prix : 9 € départ cave
Maison Ventenac-11610-Ventenac-Cabardès

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