Alsace : mon bio terroir…

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Le réchauffement climatique modifie la donne. Les huit dernières années ont été très chaudes et ont fait parfois chuter la production. 2018 s’avère un bon millésime mais il est difficile de nier le danger pour le gewurztraminer qui risque  de prendre de plus en plus de sucre au risque de devenir sirupeux … Inversement, l’Alsace peut devenir un terroir de grands rouges avec d’incroyables pinots noirs. Par leur densité, leur profondeur et l’étendue de leur palerre d’expression, ils sont déjà de plus en plus appréciés,  et donc de plus en plus plantés. Ils représentent près de 15% du vignoble. La Bourgogne a peut-être du souci à se faire. «L’une des conditions posées par les Bourguignons pour accepter le classement des Grands Crus d’Alsace, dans les années 70, était qu’il n’y ait pas de rouge.» plaisante à ce sujet Philippe Blanck, vigneron à Kientzheim. 

Le pinot noir renvoie à la question des futurs premiers crus alsaciens et  à celle de l’échelon manquant entre l’AOC générique et les grands crus … La question pourrait être bientôt tranchée avec la  possible reconnaissance de trois premiers crus Alsaciens.  Une évolution logique dans un vignoble qui, comme la Bourgogne, met le terroir en avant. Mais dans cette région viticole où bien des domaines remontent à Louis XIV, il n’est pas toujours facile de faire bouger les choses. Ici, le système INAO est ressenti parfois comme une camisole de force. Par exemple quand il s’agit d’expérimenter la complantation -le fait de planter plusieurs cépages à la fois sur une même parcelle-. Ainsi en va-t-il du Kaefferkopf et de l’Altenberg de Bergheim, deux terroirs de Grands Crus historiquement complantés et réputés pour la grande qualité de leurs vins travaillés par Jean-Michel Deiss, le pionnier. Or, la complantation ne risque pas de s’arrêter au stade de l’expérimentation en Alsace. Elle n’est finalement que la logique de terroir poussée jusqu’au bout … Et au-delà un message, celui de voir des pieds de vignes de différents types croître de concert sur un même territoire, quitte à s’entraider comme font les arbres. A l’heure des poussées communautaristes et de l’uniformisation de la junk food, façon MacDo/Mc Cain et leurs deux variétés de patates dans les Hauts-de-France la démarche est porteuse d’espoir. 

Cette vision du terroir a du mal à percer à Paris où le vin d’Alsace tient toujours une place marginale.«Si on avait dû compter sur Paris, on serait pauvre comme Job» confie Philippe Blanck. Malgré tout, le vigneron de Kientzheim connu pour ses crus chez les étoilés reprend presque chaque mois son bâton de pèlerin pour séduire les palais parigots. On peut comprendre que cela soit d’autant plus rageant pour les Alsaciens que la restauration à Paris n’a jamais sans doute été autant dynamique et diverse. Et que la diversité est justement ce qui caractérise désormais le vignoble d’Alsace et que les idées d’accords ne manquent pas.  A l’exemple de Séverine Schlumberger qui plaide pour une alliance du gewurztraminer  avec la cuisine Thaï. Bref, l’heure a sonné de ne plus limiter les vins d’Alsace au rôle de faire-valoir de la choucroute.

 

Sélection de vignerons et de cuvées.

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