Le nouvel entrepôt Metro de la Chapelle pose question sur l’avenir de Rungis

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Le dernier entrepôt de Metro, inauguré le 25 juin, est peut-être le 98ème de la chaîne mais il est le plus singulier. Outre son confort – on n’y a pas froid – et sa « convivialité », il s’intègre dans l’Hôtel Logistique de la zone Chapelle Internationale. Ce gros chantier du nord parisien s’articule autour d’un  Terminal urbain Ferroviaire inauguré le 8 juin par la ministre des Transports, Elisabeth Borne. Son objectif : mettre en œuvre dans Paris intra-muros une logistique durable en commençant par remplacer les poids lourds par des navettes ferroviaires quotidiennes beaucoup plus capacitaires. 

Jean-Louis Missika, adjoint à la Maire de Paris en charge de l’urbanisme et du développement économique, a encouragé Metro dans cette voie. Et Benoît Feytit, DG de Metro France, a promis de recourir au train. Cela pourrait se faire en connectant sa plateforme de Mitry-Mory, inaugurée en octobre dernier. 

Seulement à Chapelle Internationale, le train est pour l’instant fantôme. Il ne devrait pas faire son apparition avant un an selon Jean-Bernard Bros, président de la Sogaris en charge du chantier de la Chapelle, car la négociation s’avère difficile avec les chargeurs. Quant aux 240 poids lourds quotidiens que le train pourrait remplacer, il s’agit de prévisions. Et sur ce point, à Paris, il vaut mieux ne pas trop s’avancer…

«Avec cette zone, nous sommes en avance sur le marché. Le combat de demain sera celui du dernier kilomètre. Au-delà du secteur de l’alimentation, comme Metro, on voit les grandes enseignes s’installer aussi au cœur de Paris comme Leroy-Merlin ou Ikea à la Madeleine. L’objectif va être de livrer le plus vite possible le client final avec des voitures électriques. Nous ne sommes qu’au début d’un bouleversement majeur. Nous prévoyons un 2ème terminal ferroviaire à Bercy et finalement on s’installera aux quatre coins de  Paris.» assure visionnaire Jean-Bernard Bros.

La cave à fromages est bien achalandée. Dommage qu’il y manque du Beaufort Alpage…

«Grâce à notre structure nous nous fixons de réaliser 50% des livraisons du dernier kilomètre en 2020 contre 30% aujourd’hui.» a déclaré pour sa part Benoît Feytit. De fait, cette importance donnée au dernier kilomètre interpelle du côté de Rungis, distant de 10 km de la porte d’Orléans …  D’anciennes plaies qu’on pensait cicatrisées suppurent à nouveau. «C’est scandaleux que Metro ait eu le droit de s’installer alors que les grossistes de Rungis ont été chassés de Paris (avec la fin des Halles de Baltard-NDLR). Quand la Mairie de Paris, pourtant actionnaire de Rungis a donné le bail à Metro, nous avons protesté. La municipalité a  préféré donner satisfaction à une multinationale plutôt que favoriser des PME. » s’irrite Antoine Boucaumont, patron de Le Delas, grossiste alimentaire à Rungis.  «Mais Rungis a l’énorme avantage d’une logistique amont unique en Europe, un accès instantané à tous les produits et un niveau de réactivité exceptionnel. J’ai aussi des clients à Bordeaux ou sur la Côte d’Azur. Et puis rien ne nous empêche d’avoir une plate-forme d’éclatement à une porte de Paris. » tempère-t-il pourtant. 

Car ce qui risque d’arriver de plus en plus souvent face à la thrombose automobile, c’est que plus d’un restaurateur parisien – ceux qui font la vraie marge des grossistes- succombe à l’illusion de la diversité des produits de Metro et à leur mise en valeur : cave aux 350 fromages, espace cuisine de chefs, sélection de 137 rhums et 167 whiskies…etc

Sans oublier l’argument du circuit court, voire local, tels les “Champignons de la Caverne” cultivés en parking ou le Porc Francilin nourri au lin. De quoi coller à merveille avec les thématiques d’une municipalité  désespérément à la recherche de sujets plus sexy que les polémiques sur le stationnement, la fermeture des voies rapides ou les déboires du Vélib’ …

 

Metro
55 ter, rue de la Chapelle
75 018 PARIS

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