Le patron des grossistes lance un pavé de fraîcheur dans la mare rungissoise

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Manifeste d’un entrepreneur pour demain par Jean-Michel Peuch 

Pour Noël, Rungis nous envoie un utopiste. La lecture de son Manifeste d’un entrepreneur pour demain  fait du bien en ces temps où les dystopies, ces anticipations de science-fiction brossant un futur toujours plus noir, font florès.

 L’utopiste, c’est Jean-Michel Peuch, patron de deux entreprises fromagères de Rungis mais surtout depuis deux ans président d’Unigros, la guilde des grossistes du M.I.N. Haute stature, œil pétillant, crâne lisse comme une boule de billard, le bonhomme ne passe pas inaperçu par sa faconde et la franchise de son contact. Ainsi en va-t-il aussi de son livre édité à compte d’auteur, à qui on ne pourra pas reprocher un manque de sincérité sur son expérience personnelle d’homme et d’entrepreneur.


Mais surtout voilà qu’en notre lugubre présent, il nous projette 50 ans plus tard dans une France rayonnante et fière qui a tourné le dos au productivisme pour la fierté du produire français, une France sans anglicisme où l’on prend le temps de vivre . Pourquoi 2069 ? Un clin d’œil au 50 ans que Rungis a fêté l’an passé depuis le déménagement des Halles.


«Au tournant des années 2025/2030, les bons diagnostics ont été posés et un nouveau modèle proposé, en contrecarrant des courants qui utilisaient les peurs – individuelles et collectives – comme levier de maintien au pouvoir d’une élite ou comme moteur du développement économique au profit d’une minorité. »

L’élitisme de caste, très peu pour lui. Idem pour les postures d’estrade, l’affichage des marques et des colifichets du pouvoir. Jean-Michel Peuch rejette également le golf,  la résidence secondaire et le tourisme de masse. Il dénonce également l’accumulation de richesses par un tout petit nombre. Dans cet ouvrage au verbe macronien, l’auteur voit les entrepreneurs comme de nouveaux chevaliers des temps modernes. Créatifs, intuitifs, catalyseurs d’énergie, ils devront aussi, selon lui, faire appel à la fibre artistique pour faire face aux nouveaux défis. Les entreprises à partir de 2020 vont devenir des «égregores », organisations sans hiérarchie qui tirent leur force de leurs ouvertures et de la complémentarité de ses membres et où l’avis de chacun compte dans le débat avant que le leader ne tranche. A ses yeux, l’écosystème de Rungis fait figure de modèle pionnier.

Le boucher Jean-Christophe Prosper de GRG et Jean-Michel Peuch au bistrot Le Rêve


Stéphane Layani, patron de la Semmaris qui gère le marché au nom de l’Etat, risque de tordre un peu le nez à la lecture de certains passages par exemple lorsque le patron d’Unigros évoque un décalage  avec la réalité, un manque de renouveau et une mise en danger de Rungis au jour d’aujourdhui. De la lecture de ces lignes, on songe à son propos la fameuse question lancée à Hugues Capet. Qui t’a fait roi ? C’est sans doute l’un des objectifs du livre d’ouvrir le débat sur sur ce point.


«..le président de la SEMMARIS ne pouvait incarner seul une promesse pour le Marché qui n’était pas partagée par l’ensemble des parties prenantes. La signature de « Président du Marché» ne donne pas la légitimité pour fédérer. Unijambiste, le M.I.N. ne pouvait être fort. Je crois, au contraire, fermement à un marché bien ancré sur ses deux jambes (celle des grossistes et celle du gestionnaire) indissociables et toutes deux utiles. UNIGROS est devenu le partenaire de la SEMMARIS pour cette vision sociétale du Marché. Dans ce cadre, comme jamais jusque-là, je me suis senti porté par les formidables énergies d’un collectif aligné sur un projet commun et partagé. Une vraie étape venait d’être franchie. »

On n’en saura guère plus sur les détails de la stratégie du président d’Unigros, sauf peut-être qu’à ses yeux l’idée de transformer Rungis en plate-forme logistique n’est pas la vocation première du M.I.N.  Jean-Michel Peuch vise un dessein plus large et plus noble. Il voit les grossistes comme les « garants d’un savoir-vivre à la française » faisant le lien entre monde rural et zone urbaine. Entre producteurs indépendants et consommateurs tout en étant capable de générer un prix décents pour les premiers. Car en 2069, écrit-il en substance, la France n’aura plus vocation à nourrir le monde mais aura à lui offrir sa gastronomie . Se faisant, il met le doigt sur la cohabitation actuelle de plus en plus difficile entre une production intensive de masse et une agriculture respectueuse des terroirs. D’où la vision d’une France maraîchère qui met en avant le produit frais et varié avec le moins de traitement possible.  Une ode aux produits bons pour la santé que le planète nous achètera car les grossistes sont garants de la qualité des produits. Son livre tombera-t-il entre les mains de la FNSEA et des patrons des géants coopératifs ! 

Le Manifeste d’un entrepreneur pour demain peut-être obtenu à l’adresse mail de Jean-Michel Peuch : jm.peuch@gmail.com

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