Le livre des calvados par Christian Drouin

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Voilà un livre savoureux comme un vieux calvados. Il est aussi vivant qu’érudit. On y découvre la Normandie profonde et multi-séculaire dont la pomme a été le fruit fétiche et l’eau-de-vie de cidre, son esprit (parfois jusqu’à l’aliénation …).


Comme les Cévenols protestants qui n’ont jamais pardonné au Roi Soleil ses dragonnades, Christian Drouin -lui-même producteur, NDLR-, en veut, lui aussi, au Roi Soleil pour son édit de 1713 proscrivant le commerce des eaux-de-vie de cidre à l’étranger mais aussi dans le Royaume. Un coup du lobby des eaux-de-vie de vin actif dans les provinces du Poitou, d’Aunis et de Guyenne. «Voilà comment le cognac a ravi d’une manière inique la place du calvados.» écrit l’auteur.

Pas mort le café-calva dès potron-minet, comme ici dans un bistrot de Pantin un jour de marché.


On connait le proverbe « les malheurs des uns…». Le phylloxéra qui dévaste le vignoble à partir de 1860 va faire la prospérité du cidre et du calva que la Guerre de 14 va encore amplifier quand les poilus normands rempliront de calva les gourdes de leurs camarades de tranchées.

A partir de 1850, la Normandie se couvre alors de pommiers. C’est ainsi que naît l’image d’Epinal du pré-verger : herbe pour les vaches, pommes pour les hommes.
L’auteur ne cache pas le côté casse-tête du calva et l’alcoolisme, fléau normand quand l’eau de vie de cidre se consommait à chaque instant, du berceau au tombeau. Ce règne du café-calva boisson phare des cabarets durera jusqu’à la fin des années 70. Son déclin sonnera l’heure renaissance du calvados en France comme à l’export.

L’Age d’or du cafe-calva : de la “rincette” au “coup-de-pied au cul”
« Le mariage du café et du calva fut un authentique mariage d’amour » écrit Christian Drouin. En matière de café arrosé, il y avait plusieurs étapes. A la « rincette » s’ajoutait la “surincette”, venait ensuite la « déchirante » également appelée « consolation » (puisqu’on était triste de se quitter..). La dernière goutte offerte plus triviale prenait le nom de « coup-de-pied au cul ».  
Comme la religion, Marx n’aurait pas aimé le café-calva… Casse-tête des prolétaires des petits matins de Billancourt ( et qui le reste dès potron-minet dans certains cafés de banlieue populaire). On savoure justement son anecdote où le jeune Drouin lors d’une première embauche à la “Régie Renault” déboule dans un bistrot de Billancourt commande un café. Il se voit servir un café-calva. Il fallait à l’époque préciser un café sans calva…

L’auteur reconnaît que si l’agriculture normande du fait du bocage a mieux réussi à résister à l’uniformité des plaines céréalières, force est de constater que les vergers fréquentés par des vaches normandes se font plus rares. Les grands pommiers tordus par le vent laissent la place aux pommiers de basse-tiges en rangs serrés qui ne font plus d’ombre aux ruminants.
On découvre aussi toute la complexité du calvados lié aux centaines de variétés de pommes à cidre et l’art de leur distillation, des assemblages, et du choix du bois. Conseils de dégustations, recettes de cocktail et de desserts achèvent d’en faire un bel ouvrage à lire comme à offrir pour les fêtes.

Le livre des Calvados
Des racines normandes, une ambition mondiale.

Christian Drouin
Editions Charles Corlet
Prix : 39,50€ – 192 pages

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