Le futur Camembert AOP, un étendard pour la Normandie ?

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Y aura-t-il plus de vaches normandes sur les prairies de Normandie après 2021 grâce au camembert AOP ? Ce pourrait être une belle concrétisation de l’accord conclu entre les producteurs à l’INAO fin février.

Il faut garder en tête que le mot Camembert comme celui de Brie est devenu un terme générique. C’est le terme Normandie qui le distingue par une AOP qui  désignait jusqu’à aujourd’hui une pâte molle au lait cru moulé à la louche.

Les malins du marketing fromager en inventant le « Fabriqué en Normandie » avant 1972 -année de l’AOC- ont réussi à s’accrocher à la locomotive Normandie et semer ainsi  le trouble chez les consommateurs de camembert.  Les industriels, Lactalis en tête, sont parvenus à produire jusqu’à 60 000 tonnes de camemberts « fabriqués  en Normandie » avec des laits pasteurisés rarement originaires de la zone. Tandis que les artisans du lait cru en AOP -camembert de Normandie- en produisaient environ 5500 tonnes. La bataille juridique a longtemps fait rage car ces derniers ne souhaitaient pas baisser la garde.

Fin février, un accord a été annoncé à l’INAO pour un nouveau camembert de Normandie AOP. «Nous nous sommes mis d’accord pour un cahier des charges qui devrait donner naissance à un seul camembert AOP en 2021. C’est un bon compromis » affirme Patrice Chassard, président de la Commission Nationale des Appellations Laitières (CNAOL) à l’INAO qui a arbitré les débats et qui en connaît un rayon en lait cru … Jean-Louis Piton, le président de l’INAO, n’a pas hésité à menacer d’actions en justice les industriels pour les faire fléchir.


Deux questions à Jean-Louis Piton, président de l’INAO

L’accord obtenu sur le camembert AOP semble avoir redonné de la crédibilité à l’INAO ? 

Avec le camembert « fabriqué en », l’INAO était montré du doigt. Alors qu’à l’international nous ne cessons de nous battre contre les usurpations, on laissait faire ça chez nous sur un fromage emblématique.

Il était impossible que le statu quo demeure. Dès que je suis arrivé à la présidence de l’INAO il y a un an, j’ai posé une date butoir. Faute de quoi, j’ai prévenu les professionnels que je déclencherai le « feu nucléaire ». En clair, une action en justice pour usurpation qui, en termes d’image et de temps perdu en procédures, aurait été catastrophique pour tout le monde.

Est-ce que la « faiblesse » de Lactalis  avec l’affaire du lait infantile contaminé a joué dans le dénouement du dossier ? 

Je ne pense pas. La méthode et le calendrier des discussions étaient fixés depuis huit mois. Maintenant, rien n’empêche de voir un bon alignement des planètes avec une pression médiatique sur Lactalis qui a pu les aider à accepter des mesures qu’il ne souhaitait pas au début.  Je pense malgré tout que la sagesse l’aurait tout de même emporter sans ça.


Vache de race normande sur le grand ring au Salon de l’Agriculture

Pour les défenseurs du terroir, l’abandon de l’obligation du lait cru a d’abord été un rude coup. La future AOP devrait autoriser un camembert pasteurisé. Mais pour autant le lait cru sera valorisé pour ceux qui continueront à en faire. Certains ne doutent pas, au  contraire, que la part cru augmente grâce à une mention valorisante qui créera une sorte de  « Premier  cru » du camembert.

Autre bonne nouvelle pour les défenseurs du terroir, l’interdiction de soja OGM dans l’alimentation des vaches et surtout et surtout le recours à une origine locale des vaches.  Au minimum 30% de lait devra provenir de lait de vaches normandes établies … en Normandie.  Et les vaches auront l’obligation de pâturer en extérieur… «Cela va dynamiser la race normande» souligne Patrice Chassard.

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