La guéguerre du camembert se poursuit comme une tragédie de Racine…

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Acte I : volonté de l’INAO de mettre fin au camembert industriel « fabriqué en Normandie » en revoyant le cahier des charges de l’AOP. En 2021, il devrait donc y avoir « un camembert à deux niveaux ». D’une part, un camembert générique au lait pasteurisé mais avec du lait normand dont 30% provenant au moins de vaches de race normande. D’autre part, un camembert « véritable » 100% lait cru avec 60% de lait de vache de race normande pâturant en Normandie. Et sans alimentation OGM.

L’acte II conclu au Sénat le 2 avril avait été ouvert par un appel à la résistance lancé début février par Richard Ramos. Le député (Modem) du Loiret avait interpellé ses collègues en glissant un camembert au lait cru dans leurs casiers. Façon de mettre la pression sur le Comité National de l’INAO qui se réunissait le 22 mars. Car pour le député, pas question d’autoriser un camembert pasteurisé. Retour médiatique assuré. Et plus gratifiant que la gestion des eaux hautement nitratées par les pesticides des céréaliers du Loiret…

De gauche à droite : Catherine Morin-Desailly ( sénatrice de la Seine-Maritime UC) Sonia de la Provôté ( sénatrice du Calvados LR)
Nathalie Goulet ( sénatrice UDI de l’Orne) , Patrick Mercier président de l’ODG Camembert de Normandie, Périco Legasse critique gastronomique.

L’approche du député n’a sans doute pas été du goût des sénateurs normands adeptes de la solution à deux niveaux. Pour leur journée du 2 avril, les sénateurs avaient convié à leur tribune le critique gastronomique Périco Légasse, collaborateur de la chaîne du Sénat «Le système projeté est une concession mais il mettra fin à la confusion du “Fabriqué Normandie”» a-t-il plaidé. Hélas, son auto-proclamation de défenseur des consommateurs dans la foulée, de déclaration d’amitié à d’anciens ministres de l’agriculture tels Stéphane Le Foll ou sa déclaration sur l’impossibilité d’interdire le glyphosate à court terme l’ont éloigné d’une certaine neutralité qu’on attendait d’un observateur. 
Bien plus crédible a été le plaidoyer de Patrick Mercier, patron de l’ODG (Organisme de gestion) du Camembert, finalement le premier concerné. Ce producteur de camembert au lait cru s’est rallié au futur cahier des charges en espérant bien que cela augmentera la plus-value pour les éleveurs. «Aujourd’hui, le litre de lait cru d’un camembert AOP est valorisé  40 centimes contre 35 centimes pour le générique, a-t-il expliqué. Tandis qu’en Franche-Comté on atteint 55 centimes et 80 centimes en Beaufort». 
Patrick Mercier a d’ailleurs élevé le débat en témoignant de son admiration pour la Franche-Comté et la beauté de ses paysages intimement liés à la prospérité du Comté. «Ce travail a pris 60 ans et les éleveurs et producteurs franc-comtois n’en profitent réellement que depuis 10 ans.» Alors doit-on rêver au retour d’une belle néo Normandie aux saveurs redevenues authentiques où les chefs de produits de Lactalis s’inspireraient de Maupassant ?  Rendez-vous  pour l’acte III avec le prochain comité national de l’INAO en espérant que la polémique actuelle ne serve pas de prétexte pour faire exploser le fragile consensus entre les producteurs. 
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