L’ambitieuse stratégie des vins de Cahors

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Nul n’est prophète en son pays … Le dicton colle un peu aux tanins du Cahors. Depuis 2007, le travail engagé pour repositionner l’appellation vers le haut de gamme autour de son cépage identitaire, le malbec, a payé. Surtout au plan international. En 10 ans, l’export est passé de 10% à 30% en volume. L’arrivée d’une jeune génération de vignerons décidés à produire des vins élégants et frais, souvent en mode bio, exprimant au mieux leurs sols a été l’élément déclencheur de cette nouvelle donne. Ils sont aujourd’hui les artisans d’une stratégie aussi élitiste qu’ambitieuse visant à faire du Cahors rien moins que l’un des plus “grands vins de terroir du monde”.  

Mais en France, le Cahors a vu sa visibilité réduite et il peine à donner une image nette. Certes, on a oublié l’astringence du « Carte Noire » et les prix bas sur les linéaires. D’ailleurs, les volumes commercialisés en GMS ont baissé de 40% en dix ans. Parallèlement, le prix du vrac a grimpé de 140% sur la même période (155 €/Hl en août 2017). 

En 2017, le volume produit par l’AOP était de 72 000 hl, trois fois moins qu’en l’an 2000. Or il n’y a pas eu d’arrachages massifs dans le vignoble. Ce tour de magie cadurcienne s’explique par le fait qu’une très grande partie des volumes semble avoir été commercialisée en IGP Côtes du Lot et VDF (Vin de France).

Pour mieux le faire connaître au consommateur français, la stratégie marketing de Cahors a segmenté les cuvées en trois types : des vins ronds et structurés autour de 5 à 7 € destinés à une cuisine méditerranéenne, des vins puissants et gourmands de 7 à 14 € pour une cuisine traditionnelle ou exotiques, des vins intenses et complexes 100 % malbec élevés 24 mois pour tenir tête aux nobles produits tels que truffes et foie gras. C’est ce haut de gamme qui doit tirer le reste de l’appellation. 

Pour appuyer cette reconnaissance du Cahors comme un grand vin de terroir du monde, l’appellation devrait déposer deux demandes de dénominations géographiques complémentaires auprès de l’INAO. Elles seront construites autour des deux grands types de sols du vignoble, le plateau aux terroirs calcaires et la « vallée » avec ses dépôts de galets siliceux.  

 

Vers un come-back du Cahors sur les cartes de vins ? 

“Reconstruire son image en restauration » c’est l’un des axes stratégiques de l’appellation pour remettre le Cahors sur les cartes, signe le plus tangible de la notoriété d’un vin. Cela n’a rien d’évident pour un vin qui a disparu en 15 ans de la plupart des cartes parisiennes, à part quelques  bouteilles du château Lagrézette d’Alain-Dominique Perrin. Il s’agit désormais de convaincre les  chefs, bistronomiques notamment, que les Cahors ne sont pas que tanniques et puissants, cantonnés à un rôle de faire-valoir  pour une cuisine de gibier, elle-même -malheureusement ! – en voie de disparition. Mais qu’ils peuvent s’associer à une cuisine contemporaine et des produits plus surprenants tels que l’omble chevalier ou des magrets travaillés sur un mode asiatique …

Omble chevalier à la mélisse, miroir de vin rouge de Cahors par le chef du Baltard, Ewut Vranckx

Pour autant, le malbec n’est pas oublié même si le but, à terme, est de réduire la taille de son nom sur l’étiquette, quitte à gommer un jour la mention du cépage comme le pinot en Bourgogne. En attendant,  Cahors se cherche des alliés. Cette fois, ils ne seront plus argentins mais ligériens du côté du Touraine Amboise qui recourt au côt (l’autre nom du malbec avec l’auxerrois). L’appellation cherche à se distinguer également avec une recherche de profils haut de gamme pour des cuvées 100 % côt. Reste à savoir si cette stratégie autour d’un même cépage aux deux noms parviendra à dépasser les cénacles d’initiés. 

Précision : Jeremy Arnaud, “Terroir Manager” de l’appellation Cahors souhaite préciser que la production 2017 de 72 000 Hl est due au gel. La production moyenne est de 150 000 Hl par an en AOC Cahors depuis 2006.

Quelques belles cuvées de cahors

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