Huîtres : vieille passion française

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152 000 tonnes d’huîtres produites en 1995, 80 000 en 2012… Les huîtres ne risquent pas de devenir meilleur marché. Mais là n’est pas le plus grave. Apparue en 2005, une surmortalité décime les plus jeunes surtout depuis 2009. Avec un taux de mortalité qui atteint parfois les 80%.
Comme l’élevage d’une huître dure quatre ans, on est donc au plus bas de la ressource. Goulven Brest, le patron du Comité National de la Conchyliculture (CNC) l’assurait déjà en septembre 2011 : «On a touché le fond. On n’ira pas plus bas. » Il promettait sept années d’huîtres maigres avant de sortir la tête hors de l’eau. En clair, on ne reviendrait pas aux 130 000 tonnes de moyenne avant 2018. Aujourd’hui, côté CNC, c’est silence radio. La cause de la mortalité des jeunes huîtres n’est toujours pas identifiée. Et donc pas de remède en vue.

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Faut-il craindre pour l’huître une calamité semblable à celle du phylloxera dans les vignes françaises à la fin du XIXe siècle ? «Le fait est qu’on ne voit pas le bout du tunnel» se lamente un professionnel.  La profession est sous perfusion de subventions depuis trois ans. La mortalité des jeunes huîtres a été reconnue comme “calamité agricole”. L’aide de 85 millions d’euros décidée en 2010 sur deux ans pour indemniser les pertes subies devrait être renouvelée selon le CNC.

Nombre d’ostréiculteurs sont remontés contre l’Ifremer (Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer ) qu’ils accusent d’avoir joué aux apprentis sorciers. En cause, la triploïde. Une huître destinée à croître plus vite, créée au milieu des années 90 à partir d’une autre espèce, la tétraploïde, dont l’Ifremer garde le secret. Ses croisements génétiques étaient censés apporter à la triploïde une croissance plus rapide. En contrepartie, elle ne devait pas se reproduire.« Or, il semble bien que les triploïdes soient capables de se reproduire avec des huîtres sauvages. Elles pourraient être à l’origine de naissains non viables.» explique un océanographe. Comme l’explique crument Joël Dupuch, ostréiculteur à Arcachon, «l’important est que les tétraploïdes n’aient pas été plombées.» (lire son interview)

La triploïde est l’une des trois hypothèses mise en avant pour expliquer la mortalité des naissains avant la première année. La seconde hypothèse est la présence d’agents infectieux. Le troisième facteur recherché serait une contamination de l’environnement lié à un accroissement des températures de surface mais aussi une nourriture moins disponible pour les larves. Ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui personne ne sait développer une souche résistante puisqu’on ne connait pas la cause.

Poches d'huîtres sur l'Ile-de-Ré

Poches d’huîtres sur l’Ile-de-Ré

«La profession souvent en ordre dispersée, est d’accord sur un point, explique un professionnel de Cancale, il faut que l’Ifremer soit réformé. Car on ne peut pas être juge et partie. Vendre d’une part des souches de naissains aux écloseries et prétendre d’autre part jouer un rôle scientifique impartial en décrétant un problème sanitaire pour interdire la consommation des huîtres en provenance de tel ou tel bassin. » Beaucoup plaident pour que l’Ifremer quitte le programme de recherche Score (lire ci-contre) sur la mise en place d’une souche résistante.

L’envolée des écloseries

Dans cette maladie qui frappe les jeunes huîtres, les pratiques culturales des producteurs ne sont pas non plus sans conséquences. Beaucoup ont bien accueilli la triploïde pour ses qualités de croissance rapide. A preuve, les écloseries représenteraient désormais 40% de l’origine des naissains. Comme pour le porc ou le maïs, le virus du productivisme n’a pas épargné l’ostréiculture. A preuve, à Saint-Vaast, on serait passé de 4000 poches à 6500 poches à l’ha. Une stratégie suicidaire aux yeux d’autres ostréiculteurs car s’il est une espèce qui a besoin d’espace et de phytoplanctons pour croître, c’est bien l’huître.

La “nurserie” des bars et des daurades en danger

D’autant qu’à ce sujet, un autre point est aussi préoccupant. Celui de la régression marquée des herbiers marins dits zoostères dans le bassin d’Arcachon avec une superficie réduite de 30% en vingt ans. Ce sont les plus grands d’Europe et ils servent surtout de “nurserie” à bien des espèces de poissons comme le bar ou la daurade. Le sujet semble si préoccupant que des programmes de recherche ont été lancés dans la plus grande urgence pour trouver la cause de ces disparitions.

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