Georges Duboeuf, le roi du beaujolais n’est plus

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Roi du beaujolais pour les uns, pape pour les autres, Georges Duboeuf s’en est allé rejoindre Bacchus le 4 janvier. Avec 30 millions de bouteilles vendues chaque année, il était le plus grand négociant de ce vignoble. 

Issu d’une famille vigneronne mâconnaise, il s’était lancé dans le négoce par dépit, dit-on, de voir les vins de la famille si mal valorisés. A 24 ans, il monte une chaîne d’embouteillage et démarche les caves voisines. Il crée ensuite l’Ecrin Mâconnais-Beaujolais, un groupement rassemblant une quarantaine de vignerons pour faire connaître les vins de la région. En 1964, il lance la société de négoce à son nom. Ses lignes directrices ? Proposer une large gamme de cuvées sans dissimuler leurs auteurs. Et surtout, créer un style. Tel un alchimiste, ce dégustateur hors-pair goûtait ainsi des centaines de cuvées  (à la fin, il travaillera avec 400 producteurs) et procédait lui-même aux assemblages dans son domaine de Romanèche-Thorins.  

Georges Duboeuf avait compris le pouvoir de prescription de la restauration en matière de vin. Il avait commencé par démarcher les restaurateurs de sa région. Au départ, ses clients s’appelaient Gaston Brazier, Paul Blanc, Pierre et Jean Troisgros, et bien sûr, Paul Bocuse qui deviendra son ambassadeur le plus illustre … 

A la mairie de Lyon lors d’une soirée des chefs hommage à Paul Bocuse en janvier 2013

Après la région lyonnaise, c’est à Paris qu’il connaîtra un âge d’or. Dans les années 80, rares sont les brasseries qui n’affichent pas de Duboeuf à leur carte. A l’époque, le beaujolais nouveau était fêté au comptoir une semaine durant. Il aura ce coup de génie de faire de cette fête un cheval de Troie pour exporter le beaujolais dans plus de 80 pays.  «Si aujourd’hui la maison Ferraud exporte du Beaujolais dans autant de pays, on le doit à Georges Duboeuf qui nous a ouvert les portes de l’export.» témoigne Yves-Dominique Ferraud dont le père était ami – et concurrent- du négociant de Romanèche-Thorins.

Face à un certain « beaujolais bashing » à partir des années 2000, y compris de patrons de bistrots, liés aux excès productivistes de certains, jamais Duboeuf ne céda sur la qualité de ses « primeurs ». A ceux qui doutaient de leur capacité à se conserver, il leur faisait déguster des bouteilles de nouveau remontant à cinq ou six ans. Et c’est vrai qu’elles semblaient avoir conservé la sève de leur jeunesse.  

Combien de fêtes et d’événements, Georges Duboeuf a-t-il parrainé. Comme ici en septembre 2007 avec Carlos et le Marathon des Leveurs de Coude de Saint-Germain des Prés.

Depuis 2018, c’est son fils Franck qui a pris les rênes de l’entreprise tandis qu’Adrien, le petit-fils couvre l’export. Une chose est sûre : visiblement les vins Duboeuf n’ont pas déserté les cartes des bistrots parisiens. 

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