Les bistrots de Pierre Perret

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C’est à la fois piquant et injuste. Une trentaine d’écoles portent son nom… mais aucun bistrot. Alors qu’il en a pourtant chanté les vertus toute sa vie et détester l’école avec ardeur. 

Le jeune homme de 85 ans à l’œil malicieux et à la langue aussi verte et fraîche qu’un kiwi manie toujours aussi bien l’argot qu’il goûte à la poésie érotique comme aux plats du terroir et aux petits et grands vins. 

Bon vivant, Pierre Perret a enfin trouvé un vin de son pays natal qui lui plait. Le Domaine de Montels, en IGP coteaux de Montauban. Mais il ne regimbe pas devant un Clos des Grives du Domaine Combier en côtes-du-rhône.

Dans sa maison de Seine-et-Marne, il veille sur une centaine de poules de race, travaille son potager tout en préparant un récital « d’adieux provisoires » à la salle Pleyel en octobre… Il trouve aussi le temps de gratter deux bouquins, un sur des aphorismes et l’autre plus autobiographique lié au Café du pont de Castelsarrasin. L’établissement paternel installé le long du canal du midi continue d’irriguer son inspiration. Ouvriers, mariniers paysans, belote, patois occitan, canons à servir et bastons de poivrots à calmer… « Mon cinéma, c’était le café» a-t-il coutume de dire.

Cassoulets, confit d’oie, gelé, confiture, coulis…Avec Rebecca, sa femme qu’il a épousée en 1962, Pierre Perret s’y entend pour confectionner ses conserves maison. Sans oublier les charcutailles. Il embosse son saucisson avec du porc de Bigorre.

Dans son Tarn-et-Garonne où « le vin c’est pas du bordeaux… » il accompagnait son père en chercher chez les vignerons. Du coup, il a très tôt goûté « sans recracher » et même si ce n’était pas des crus de la RVF. A partir de novembre 42 et l’occupation de la « Zone libre », 1200 soldats allemands cantonnent dans la caserne de Castelsarrasin.  Omniprésents dans la ville, ils le sont bien sûr dans le café paternel. Les uniformes verts de gris des soldats demeurent ancrés dans sa mémoire comme le bruit de leurs bottes sur le pavé. «On planquait les fusils et les cochons, il y avait les parachutages pour ravitailler le maquis

Ensuite, il y a le premier prix au conservatoire de Toulouse en saxo, 28 mois de service militaire, et les premiers cabarets à Paris avec le diable que l’on tire par la queue. 

«Au début des années soixante, j’allais dans les bistrots de la rue Saint-Jacques et de la rue de Buci. Les clients y refaisaient le monde. C’était parfois des bouquinistes des quais. Ça parlait de politique, de surréalisme ou de moyen-âge. On carburait au beaujolais avec Jean Carmet qui tournait dans les boîtes. On  n’était pas riches mais on évitait le « château bercy* », car je savais comment c’était fait…»

Dans sa cuisine, un “monument des fourneaux”, un piano Labesse de la Belle-Epoque. Le même qui équipait les établissements tels que Georges V, Claridge, ou Maxim’s.

Et puis il y a le HLM de Gennevilliers où il vit pendant 8 ans et qui va aussi l’inspirer. «A l’époque il n’y avait pas de dealers dans les halls mais les gosses vivaient dans les couloirs. » Il en sortira le Tord-boyaux, son premier grand succès puis Cuisse de Mouche fleur de banlieue avec la fameuse Mère Tatzi en son bistrot. A quoi ressemblait-elle ? «Je ne l’ai jamais vue, confie-t-il. C’est un camarade de régiment qui m’en a parlé comme d’une patronne d’un claque très fréquenté Montlhéry. Ça devait être quelque chose…» 
En 1966, ses Colonies de Vacances est son premier vrai grand tube. Yvonne de Gaulle leur fait une sacrée pub en parlant « d’une honte pour la France » et en demandant son interdiction d’antenne à l’ORTF …  parce dans la chanson il conseillait aux enfants de pisser dans les lavabos…

Mais les disques ont beau se vendre par centaines de milliers, il en voit à peine la queue d’une cerise. Ses producteurs -Barclay, Vogue- siphonnent l’essentiel des gains. Et comme son paternel dans son bistrot, Pierre Perret est indépendant jusqu’au bout des ongles. Pas le genre à cultiver les accointances dans le showbiz. Il choisit de créer sa société de production Adèle à la fin des années 60. «Les six premier mois, on me l’a fait sentir, le premier disque  ne passait nulle part. » L’ouragan du Zizi va tout emporter avec sa formidable galerie de portraits -de chevelus, ridés, pelés…- que l’on imaginerait  échangeant derrière un zinc un jour de beaujolais nouveau…

Pierre Perret sera à la Salle Pleyel le 10 et 11 octobre prochains et chantera dans une dizaine de villes de France.

https://pierreperret.fr

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