Laurent Bourdelas et son Ivresse des rimes

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En ces temps troublés, voilà de quoi retrouver le Nord. Le vrai, celui du verre qui nous conduit au vers et au rêve… Loin des doctes dégustateurs, coupe en main mais petit doigt levé, cette « Ivresse des Rimes » est une ballade sensuelle et -à peine ?- éthylique où l’on s’engloutit dans ce fleuve bachique de la poésie française qui souvent coule à Paris. Le vin y est parfois bleu, affreux, vomi voire revomi.
En tout cas, pour Laurent Bourdelas, écrivain, poète et petit-fils de caviste résistant, il ne fait aucun doute que le vin fut le seul vrai carburant des poètes français. Et l’auteur part de très loin. Du XIIIème siècle, époque du trouvère Adam de la Halle avec ses tavernes de perdition, passant ensuite par les ripailleurs rabelaisiens et autres libertins des Lumières. Mais c’est le XIXème qui constitue le plat de résistance. Ils sont tous là. Rimbaud, Verlaine, Musset, Lamartine, Hugo qui implore les riches de donner aux pauvres leur promettant en échange que « leurs vignes auront toujours un doux fruit. « 

ivresse_rimesSans pesanteurs, Laurent Bourdelas nous trace les parcours de nos grands poètes et de leurs cafés préférés. Car les comptoirs de Paris ne manquent pas dans l’ouvrage. On déambule devant les glaces des cafés historiques comme le Procope et on s’accroche aux zincs des bistrots des « fortifs » chers à Cendrars. Et on finit par se casser la tête dans des cabarets comme celui de de Paul Niquet aux Halles qui débitait une eau de vie baptisée « casse-poitrine ». Sans oublier les cocktails terrifiques du Chat Noir.
Laurent Bourdelas, qui ne cache pas sa tendresse pour les « Hydropathes », nous conte des histoires savoureuses. Baudelaire adorait exaspérer les cabaretiers en leur posant une multitude de questions sur leurs produits. En cette époque où les « néo-Tricatel » inondent les bistrots de France de leurs ersatz de recettes traditionnelles, il pourrait être pertinent de suivre l’exemple de l’auteur des Fleurs du Mal. Il nous parle aussi du « phénomène Johnny » (petit Jean) du nom donné aux paysans de Roscoff qui partaient en Grande-Bretagne vendre l’oignon de Roscoff. Ville célébrée dans les vers de Tristan Corbières.

Il y a la poésie, il y a aussi les vignes. Celles de Suresnes, d’Arcueil ou de Fontainebleau. Et c’est aussi un hymne aux vignerons célébrés comme dans ces vers de Gaston Couté, poète et chansonnier de cabaret qui salue la grève des vignerons du Gard : «Qu’après vos charges farouches/ Le sang inonde les souches/ Dans les vignes des patrons». Bref, voilà un ouvrage à mettre aussi dans les mains des Thénardier contemporains qui ne voient dans le vin qu’un bon « coeff » !

Lire l’interview de Laurent Bourdelas : « Boire, c’est atteindre l’immortalité… un instant.»
Laurent Bourdelas
L’Ivresse des Rimes
Ecrivains Stock
Prix : 14 €

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