” L’histoire de la Champagne est jalonnée de souffrances”

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Interview Michel Drappier

Fruit d’un patient travail, votre vaste vignoble dont la moitié, depuis, 2020, est en culture biologique, s’est hissé au firmament étoilé des grandes maisons champenoises. Certains communicants en font état et n’hésitent pas à vous présenter, au vu de toutes vos installations utilisant l’énergie solaire, comme un pionnier du bio champenois.

N’exagérons rien !

Exagérer n’est pas mentir, non ?

Certes, mais je tiens à préciser deux choses: primo, il existe d’autre «pionniers» du bio en Champagne, vous les connaissez… Et, secundo, mon souci numéro un, avant même que ma détermination en faveur du bio ne prenne corps, a tout simplement été de faire du bon vin. Des champagnes hauts en couleur et, permettez-moi ce jeu de mots , dont les vinosités « terroiristes » s’expriment en bouche sans aucun détour traficoteur..

Hugo, Antoine et Michel Drappier et deux nouveaux membres de l’équipe spécialement en charge de la gestion de l’enherbement

Pourquoi, malgré tout, êtes-vous aussi peu nombreux à travailler en bio ?

Le passage du conventionnel au bio ne s’opère pas sur un coup de tête, une lubie à la mode, ou un claquement de doigts. Il y a des raisons objectives à cela. Je les défends. La terre champenoise a ses rigueurs climatériques. Regardez notre position sur la carte des précipitations hexagonales . Nous sommes confrontés aux difficultés d’un climat semi-continental, capteur, permettez la comparaison, des caprices de climats bretons et franc-comtois. Et quand le Breton l’emporte, c’est la panique dans la barricaille, comme en 2016 avec une ravageuse offensive du mildiou. J’ajouterai – on aurait tendance à l’oublier- que l’histoire de la champagne est jalonnée de souffrances : celles d’atroces guerres dont elle fut le théâtre, parfois précédées, comme avant 14, de révoltes vigneronnes. Ces guerres, contrairement à d’autres espaces viticoles qui furent épargnés –et c’est tant mieux pour eux – ont plombé le marché. Il fallait donc du raisin pour vivre et personne ne se voyait affronter les contraintes d’une viticulture « à l’ancienne ». On ne parlait pas du bio. Ce n’est qu’à partir de 1950, où la Champagne parvint à produire 30 millions de bouteilles qu’une remise en place put s’opérer. Jusqu’à atteindre, en 2000, des sommets : 300 millions de bouteilles. Produit de luxe d’une région devenue alors prospère, le champagne a suivi une courbe ascendante correspondant , grosso modo, à une aisance due, à l’intérieur, aux « Trente Glorieuses » et, à l’extérieur, à de nombreux désirs d’échanges socio-culturels.

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