Alain Ignace, vigneron avant-gardiste de Vacqueyras

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Ses cuvées vous assoient. C’est fluide et frais, élégant et structuré mais jamais trop prenant en bouche. Cela a le goût du raisin. Ce type est un grand sage. A l’écouter parler on se sent un peu moins bête… A la tête de son domaine de 12 ha créé par son grand-père, il n’a cessé d’innover et de gamberger. Il a siégé pendant 15 ans à l’INAO. Et longtemps il s’est demandé comment il s’était retrouvé là, lui qui n’était pas un carriériste de l’administration viticole.

«Quinze ans à visiter tous les vignobles de France, ça m’a permis de m’instruire d’observer et de mettre en œuvre de bonnes pratiques. J’ai découvert l’équilibre avec les bourgognes blancs et les vins du mâconnais. C’est ça qui m’inspire.» Face au réchauffement climatique qui frappe en Vacqueyras plus qu’ailleurs avec des vins vite capables d’atteindre les 16°, Alain Ignace a mis en œuvre de nouvelles méthodes culturales : l’enherbement pour retarder la maturité et continuer à pouvoir vendanger en septembre, une taille soignée et le recours à d’autres cépages. Le mourvèdre à la maturité tardive, le carignan, et même la counoise. Il recourt aussi au Bouboulenc pour ses blancs fins et pour ses rouges pour amener plus d’acidité. Même si question arômes, ce cépage est neutre. «Mais voilà ici, les vignerons recherchent des explosions aromatiques alors que pour moi le nez dans le vin ne compte que pour 20% d’une appréciation. Le plus important c’est la bouche. »
Dans ces crus des côtes-du-rhône où les vins « bodybuildés » ne manquent pas, certains vignerons ont longtemps brocardé ses vins pour leur profil féminin. Mais quand les femmes ont commencé à prendre les commandes des domaines, Alain Ignace n’est plus passé pour un marginal… D’autant que d’Alain Dutournier à Pierre Gagnaire, en passant par Guy Savoy ses nectars font des cartons chez les étoilés qui renouvellent leurs commandes.
Evidemment Alain Ignace  n’est pas du genre à « noyer » ses vignes sous les produits phytos. Plutôt à ménager l’épanouissement d’une biodiversité autour de ses parcelles. « «En mal comme en bien, la nature rend ce qu’on lui donne»  explique-t-il pour condamner la monoculture. Question vinification, sa signature, c’est la fermentation dans la même cuve des deux cépages. « j’ai plus de régularité et le résultat est meilleur.» Il rêve aux parcelles de son  grand-père qui plantait dans une même parcelle quatre cépages et qui chaque année produisait à l’entendre un vin d’une régularité parfaite. De là à sauter le pas et à se lancer dans la complantation, pour un ancien de l’INAO, ce serait là un sacré signe de rébellion.
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