IGP Vin d’Ile-de-France : troisième tournée pour la Winerie Parisienne

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Et rebelote ! Mi-octobre le Comité National des IGP de l’INAO s’est réuni pour statuer une fois de plus sur le vin IGP d’Ile-de-France. Las ! il faudra encore patienter six mois pour une homologation officielle. Le temps qu’une 3ème procédure nationale d’opposition (PNO) lève les ultimes obstacles.

Les deux premières PNO avaient permis d’obtenir l’accord des principaux opposants et d’abord celui des vignerons Champenois qui légitimement pouvaient craindre l’arrivée d’un concurrent à leurs frontières. Sauf que l’effervescence est proscrite aux futurs vins d’Ile-de-France pour éviter tout risque de confusion avec l’auguste champagne …

Mais comme la première zone IGP projetée couvrait grosso modo toute l’Ile-de-France, elle a suscité l’inquiétude des Languedociens pour leur IGP Pays d’Oc qui voyaient déjà les plaines de Beauce et de Brie recouvertes de vignes …

D’où un second projet en 2016 avec une zone beaucoup plus réduite ne portant plus que sur 388 communes. Façon de calmer les craintes languedociennes. Ce projet sera à l’origine d’un 3ème rififi viticole, purement francilien.

Celui-ci est lié à la Winerie Parisienne, start-up créée par trois associés en 2015, qui vinifie à Montreuil (93) des Vins de France à partir de raisins envoyés de différents vignobles. Ses dirigeants trentenaires sont visiblement doués en « com » et marketing. Ils ont aussi de l’entregent auprès des décideurs politiques. Ainsi ont-ils obtenu un sérieux soutien de la Chambre Régionale d’Agriculture et du département des Yvelines présidé par Pierre Bédier (LR). Les collectivités subventionnent alors pour 415 000 € l’achat d’un terrain – destiné à être repris à terme par la Winerie- pour leur permettre d’exploiter un vignoble à Davron (Yvelines). 10 ha sont plantés dès 2017. La récolte de 3 premiers ha a eu lieu en septembre dernier.

Avec à terme 23 ha de vignes, la Winerie devient de facto le principal opérateur viticole dans la région, loin devant tous les autres vignerons franciliens dont les parcelles ne comptent parfois que quelques ares. D’où la stupeur de ses dirigeants quand ils découvrent que leur vignoble de Davron n’est pas dans le périmètre IGP. Et pour cause, leur vignoble n’existait pas en 2016 quand l’INAO avait pris la décision de réduire le périmètre.

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Patrice Bersac, Président du Syndicat des Vignerons d’Île-de-France (Syvif)- ©Laurent Theeten

Les dirigeants de la Winerie Parisienne s’opposent alors par lettre d’avocat à la procédure d’IGP et expliquent en substance qu’ils sont les seuls professionnels de la viticulture en Ile-de-France… Des remarques qui ont pour effet de buter des pionniers du dossier. A commencer par Patrice Bersac président du Syndicat des Vignerons Franciliens qui travaille sur un vin de Pays IdF depuis 1999.

«Il fallait que les gens se parlent et que l’on remette tout le monde autour de la table» explique Olivier Nasles, le président de la commission d’enquête. Décision est prise d’ajouter 14 communes – dont Davron- pour ramener la Winerie Parisienne dans les filets de l’IGP.

«L’adjonction de plusieurs communes impliquait une nouvelle procédure d’opposition. Le processus est lourd mais cela sécurise l’aspect juridique ». explique Eric Paul, président du Comité National des IGP à l’INAO.

«Finalement, à partir d’une région où il y avait très peu de vignes, on a tout de même réussi à concevoir un projet structurant pour l’avenir.» se satisfait pour sa part Jean-Louis Piton, président de l’INAO.

« Une IGP, ce n’est pas patrimonial, ce n’est pas fait pour les vignes de Montmartre, c’est un outil économique. Je crois profondément à cette IGP Ile-de-France, poursuit Olivier Nasles, elle pourrait vite monter à 1000 ha.»

Des moines bachiques au Grand Siècle…

L’avenir pourrait lui donner raison. Car bien des acteurs agricoles traditionnels comme les betteraviers ou des céréaliers pourraient reconvertir une partie de leurs terres. Ils sont près de 80 à être désormais inscrits au Syndicat des Vignerons Franciliens, l’Organisme de Gestion de l’Appellation (ODG). Sans parler des grands groupes céréaliers et agricoles tel Soufflet qui pourraient aussi s’avérer intéressés à investir dans les vignes franciliennes. Faut-il souligner la force de l’argument pour un touriste d’un Vin de Paris et d’une visite d’un vignoble francilien. Et pour un Francilien la force d’un concept tel que le « boire local » en Ile-de-France ? Faute d’un “manger local” qui demeure une farce.

En savoir plus sur l’histoire des vignes de Paris.

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