Le Malongo Café, Rue Saint-André des Arts

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Trois questions à Jean-Pierre Blanc, directeur de Malongo

«Mon objectif n’est pas de créer une économie de niche, mon objectif est qu’il n’y ait plus de commerce équitable dans 20 ans.»

cafe_malongoQuand Nespresso vend 2 milliards de capsules, Malongo vend 200 millions de dosettes de café bio et éthique. Pas mal pour une petite société niçoise de torréfaction centrée sur le bio et l’équitable. Pour son directeur, le café équitable est un phénomène de société irréversible.

20 ans après ses débuts, le café éthique ne touche qu’un million de producteurs, c’est peu sur 120 millions ? 
Au contraire, le café éthique est une tendance de fond. On a enfin fait bouger les lignes du marché. C’est ce que l’on vit depuis ces trois derniers mois, c‘est-à-dire un arrêt de la consommation effrénée pour se tourner vers des produits qui ont du sens. Mon objectif n’est pas de créer une économie de niche, mon objectif est qu’il n’y ait plus de commerce équitable dans 20 ans.

Une hausse des cours ne risquerait-elle pas de fragiliser le système dans la mesure où les prix du marché seraient supérieurs aux prix garantis par le commerce équitable ?
Il ne semble pas y avoir d’effet de hausse pour le moment. La consommation aurait même tendance à baisser. Il y a toujours eu des “coyotes” sur le bord des champs. En début de récolte, ils payent un peu plus cher. A la fin de la récolte, c’est autre chose…
Moi, il m’est arrivé de payer le café à des paysans mexicains 121 cents la livre quand le cours était à 50 cents, ça m’a coûté plus d’un million de dollars, mais les paysans étaient contents.
Le commerce équitable est justement là pour empêcher ces mouvements extrêmes. Si on avait pratiqué les règles du commerce équitable nous ne connaitrions pas la crise actuelle.

Vous ne croyez pas aux indications d’origines géographiques (IOG) et vous dénoncez l’uniformité des variétés de plants de cafés, n’est-ce pas contradictoire ?
Les IOG n’ont pas de sens pour le café. La Colombie a essayé de le faire pour tout le pays. Une IOG ne peut fonctionner qu’avec des zones bien délimitées et des variétés de cafés bien définies, comme le Bourbon dans certaines zones. Aujourd’hui, le danger réside dans l’uniformité des variétés à haut rendement. C’est une catastrophe, les variétés botaniques traditionnelles sont en train de disparaître. On plante désormais des variétés à haut rendement dans tous les coins de la planète. Au Kenya, il y avait une variété le SL 28 qu’ils vendaient 40 % plus cher que le cours. Ils ont replanté une variété à plus haut rendement. Ca n’a plus d’intérêt. Il faut retrouver les variétés adaptées à la géographie et au climat de chaque pays. Un café qui pousse sous ombrage à 1500 mètres n’aura jamais le même goût qu’un café planté à 500 mètres en plein soleil. Mais voilà les torréfacteurs géants ont intérêt à uniformiser le goût, Arabica du Brésil ou Robusta au Vietnam. Au marketing d’habiller cette uniformité.

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