Pink Mamma

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C’est une proue de croiseur marbré de rose amarré rue de Douai en plein sud de Pigalle (South Pi). 220 places réparties sur 4 niveaux distribués par un escalier digne d’un brocanteur balzacien qui aurait tapissé les murs de gravures et d’illustrations hétéroclites. A chaque étage, une salle et un comptoir flanqué de sièges capitonnés, un grill au premier, une machine à jambon au second, au troisième une verrière et partout des couleurs vives, des bocaux de conserves … Des salles où tourbillonnent garçons et filles transalpins. On est très loin du murmure en noir et blanc de Monica Vitti dans l’Avventura. Plutôt une vita multicolore façon Dolce Gabbana qui semble avoir impressionné les rétines du décorateur Martin Brudnizki, décidément actif sur Paris.

L’Italie n’a jamais été un pays, dit-on. Plutôt un idéal réinterprété à chaque siècle… Ce Pink Mamma, 6ème établissement parisien du tandem de Big Mamma ( Ober Mamma, East Mama…) en serait une nouvelle illustration gastronomique. A priori diablement séduisante !

Cette idée d’un restaurant sans réservation autour d’une sélection de producteurs en direct et d’une cuisine fait-maison à des prix serrés attirent des milliers d’amateurs du culatello ou de san Daniele, ou encore de pâtes “maison” comme ces Rigatoni alla boscaiola (soit un bœuf cuit 7 heures, jus de viande, champignons de saison, coriandre). Et quand une somptueuse carte des vins italiens à prix caviste accompagne ces richesses, il y a de quoi rendre légitimement dithyrambiques les chroniqueurs gastronomiques.

Avec Pink Mamma, Tigrane Seydoux et Victor Lugger – les fondateurs du groupe Big Mamma- n’ont pas eu besoin de plonger profond leurs bras dans la Botte. Il se sont arrêtés en Toscane et ont construit l’histoire de leur « Pink»  autour de la Fiorentina, une côte de bœuf florentine passée au barbecue. En l’espèce, celle qui est servie est tirée d’une vache française.  Le dossier de presse du restaurant vante une filière intégrée de A à Z pour servir une « viande de dingue » avec un éleveur qui permet d’obtenir des prix 2 à 3 fois moins chers. «Une viande de qualité, qu’on est fiers de donner à nos kids et à un prix qu’on ne réserve pas qu’aux mecs qui ont créé Google…» (sic)

Ce style néo-trend-tartuffier de « com » ethico-gastronomic en a fait rigoler plus d’un du côté de Rungis… Car il semble que l’éleveur maison des charolaises de Pink Mamma s’appelle Bigard…Envolée la belle utopie. On croyait tenir avec ce “Pink”  un argument solide contre les tenants du lobby agroalimentaire. Ceux-là qui nous rabâchent que les beaux produits et le fait-maison d’origine sont réservés aux urbains prospères et qu’il faudra toujours des “Tricatel” et une agriculture productiviste pour nourrir le monde. Et on se retrouve avec Bigard (N°1 de la viande industrielle)…déguisé en Petit éleveur chaperon rouge dans le must des restos tendance de Paname affichant un discours défendant coûte que coûte l’origine et le petit producteur.

Mais que cela ne vous empêche pas de mastiquer le steak de 250 g (15 €) plus tendre que goûteux. Quant à la Fiorentina de 1100g à (66 €), elle pourra faire le bonheur d’un couple de viandards.  Mais il faudra ensuite se contenter de la digérer à la façon d’un bouddhiste en faisant le vide et en oubliant les (trop ?) belles histoires d’une Mamma qui n’est finalement pas si rose…

 

Pink Mamma

20, bis rue de Douai
75009 Paris

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