Le 80 ème prix Cazes décerné à Gabriel Matzneff (avril 2015)

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Dans le cimetière de Laguiole, la pierre tombale du caveau de la famille Cazes a-t-elle tremblé ces derniers jours à la publication du 80ème prix Cazes ? Non que son lauréat, Gabriel Matzneff, récompensé pour son roman  La Lettre au capitaine Brunner se soit bâti par le passé une réputation d’amateurs d’éphebes, la création littéraire prime et transcende tout. Alors ? Peut-être que les volontés de Marcellin Cazes, patron mythique de Lipp et créateur du prix éponyme en 1935, ont été une fois de plus ignorées…

lipp_nuitCar que souhaitait Marcellin ? Que son prix et la célébrité de sa brasserie auprès des belles plumes de l’époque servent de rampe de décollage à un jeune écrivain pas encore primé. Ainsi avait-il fixé comme condition d’attribution que le candidat ne devait pas avoir plus de quarante ans et n’avoir jamais reçu de prix. Avec Matzneff, né en 1936, on est loin du compte.
Arrivé de l’Aubrac, au début du XXème, Marcellin Cazes savait plus que d’autres la valeur d’une main tendue quand on est démuni sur le pavé de la Ville Lumière. Parvenu à la gloire, il était capable de faire poireauter devant sa porte des notables parisiens et de faire rentrer au « paradis » un jeune inconnu devenu célèbre comme Jacques Chazot. Ce n’est pas le cas de Matzneff. Mais l’homme est en revanche un des clients les plus fidèles de la Brasserie. Et c’est aussi 50 ans de littérature que le milieu germanopratin honore. Du coup, le père Cazes n’aurait peut-être pas totalement désavoué la démarche.
Reste à savoir si ce prix relancé avec moult renfort de com fera oublier le déclin relatif de l’institution du boulevard Saint-Germain notamment auprès des politiques. Un « jeune » sénateur aubois nous confiait que « Lipp n’est plus le carrefour des politiques qu’il a été mais demeure encore un restaurant de référence». Sic transit gloria mundi.

Gabriel Matzneff,
La lettre au Capitaine Brunner,
Editeur : La Table Ronde

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