Le Covid n’aura pas la peau du Beaujolais Nouveau

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Pas de bistrot, pas de beaujolais nouveau… Arghhh ! Les centres de transfusion du sang frais de Bacchus fermés, faudra-t-il se rabattre sur les grandes surfaces ? Quelques troquets parisiens font de la résistance et vont proposer du beaujolais à la vente à emporter.

Depuis le temps que certains s’acharnent à taper dessus pour des péchés commis il y a 25 ans, pour une fois ce pilonnage aura finalement produit du bon pour le beaujolais nouveau. Il est moins exposé à la chute des ventes car bistrots et restaurants ne représentent plus que 10 % du volume de primeur vendu. (lire l’interview Dominique Piron)

Pour les autres beaujolais -les crus, les « villages », les « génériques »- confinement et couvre-feu ont entraîné l’arrêt des commandes de la part des clients-restaurateurs parisiens depuis février 2020. Un coup dur pour les producteurs pour lesquels le secteur de la restauration pouvait représenter plus d’un tiers des ventes. D’autant plus difficile à compenser que l’annulation des salons vignerons et celle des différentes foires locales ou régionales pour la sortie du primeur ont été autant d’opportunités de ventes aux particuliers perdues. 


Certes dans ce ciel noir, l’éclaircie estivale a été de toute beauté. Beaucoup de touristes français « confinés » dans l’Hexagone ont découvert le beaujolais. Ses monts et ses vins. Les caveaux de dégustation ont reçu nombre de visiteurs et les restaurateurs locaux vendu bien des quilles.  Malgré tous ces déboires et comparé à d’autres vignobles, le beaujolais pourrait aller plus mal. Il a désormais une meilleure cote auprès des cavistes et de nombreux professionnels apprécient sa diversité, son côté léger et tactile, ses différents profils -floraux, minéraux, fruités, bio, nature, sans sulfites, non filtrés- exprimés par son terroir et ses géniteurs. 

Le profil du primeur 2020 : croisons les doigts qu’il dure plus longtemps que le confinement.

Petite vendange en baisse de 20% du fait de la sécheresse. D’où une concentration de la matière dans ce primeur qui devrait avoir du corps et de la consistance. Cela tombe bien. On pourra le conserver et le consommer dans quelques mois avec le même plaisir. Bien après la fin du confinement ?

L’heure n’est donc plus à gommer le mot beaujolais comme on a pu le constater, il n’y a pas si longtemps, dans la plaquette d’un beau château au pied du Mont Brouilly. Le travail sur l’image de vins contemporains marqués par une diversité des profils commence à payer. Des opérations comme « Bien Boire en Beaujolais » au contact des professionnels donnent l’impression qu’un collectif de jeunes vignerons prend le dessus sur un individualisme parfois borné. Bref, tout cela tire l’appellation vers le haut.  

Les beaujolais affichent un excellent rapport qualité-prix. C’est là l’envers de la médaille pour les viticulteurs qui ont du mal à augmenter les prix pour améliorer leurs marges. Car c’est un vin qui reste cher à produire. La taille en gobelet proche du sol, le relief parfois pentu et la vendange mécanisée interdite expliquent en grande partie cette situation. Et voilà que la disparition programmée du glyphosate « d’ici la fin 2020 » comme voulue par la loi,  inquiète. Même si les exceptions se profilent. Bien des vignerons du beaujolais s’échignant sur des coteaux à forte pente se demandent comment ils vont faire. «Je veux bien faire du bio à 35€ la bouteille comme en côte-rôtie» ironise un vigneron de Juliénas. C’est sans doute le seul point commun du beaujolais avec l’impôt, le premier donne le sourire, le second provoque la grimace. Mais on sait bien que d’ici peu tous les deux augmenteront.

https://www.beaujolaisnouveau.fr

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