Carlo Petrini, fondateur de Slow Food “En France, la gastronomie se réduit à un spectacle ludique !”

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Ni Pétain, ni Pol Pot mais un retour à la terre et un contact direct avec les producteurs
“Il n’y a plus de classe ouvrière. La classe qui compte aujourd’hui, c’est la classe paysanne … Dans une économie post-industrielle comme la nôtre, la chose la plus importante c’est l’économie primaire. Nous n’avons pas la nostalgie de la rudesse de la vie paysanne, au contraire on peut parfaitement être connecté aux réseaux sociaux et aux nouvelles technologies, à condition toutefois que les valeurs de solidarité et de réciprocité typiques de la civilisation paysanne soient respectées”.

Pour Carlo Petrini, la sortie de crise passe par un retour à la terre. Il y a, selon lui, des signes encourageants qui militent pour cette analyse. “Lors de mes conférences dans les universités américaines prestigieuses, de nombreux étudiants projettent de devenir paysans”. Peut-être sont-ils influencés par les marchés de producteurs qui se multiplient outre-Atlantique ? “Aux USA, entre 1997, date de leur apparition et aujourd’hui, le nombre de marchés de producteurs (farmer’s markets) est passé de 0 à 8000. Ils ne sont pas réservés aux riches, on en trouve également dans les quartiers latinos”.

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Changer la PAC pour faire revenir les jeunes à l’agriculture.
“La classe paysanne a tendance à disparaître, elle ne représente plus que 3% de la population européenne”. (Voir le dernier recensement de population agricole française à ce sujet). Selon lui, le renouveau de l’agriculture viendra des jeunes, pas des agriculteurs âgés. Encore faut-il aider les plus jeunes à acquérir des terres. “Je suis allé en Bretagne, j’ai vu des jeunes qui voulaient se lancer dans l’agriculture bio, ils ne pouvaient pas acheter de terres”. D’où des revendications de Slow Food auprès de la Commission de Bruxelles dans le cadre de la préparation de la future PAC.

“Nous demandons trois choses : renforcer les petits producteurs en Europe, subventionner l’agriculture respectueuse de la nature et favoriser le retour des jeunes à la terre. Mais si la société civile ne change pas dans le même temps, ça ne marchera pas. Il faut favoriser l’éducation alimentaire. Par exemple rendre accessibles des potagers pour des enfants. Car ça c’est idéal pour faire prendre conscience des données de l’agriculture”.

L’exemple du provolone del monaco

provolonedelmonacoLe cas du provolone del monaco devrait faire réfléchir du côté des responsables de certaines appellations qui les confondent avec des marques et mélangent hygiène et authenticité.
«A côté de Naples, à Sorrente, nous avons une race de vache agerolese habituée à pâturer dans la montagne. Elle donne 12 litres par jour. Pendant des siècles, son lait a permis du faire provolone del monaco. Dès le XVème siècle, ce fromage était commercialisé à Naples, la ville la plus grande d’Europe à l’époque. La race a failli disparaître en 1992. L’industrie alimentaire paye le lait 27 centimes/litre. Ridicule. Les paysans se sont tournés alors vers la vache frisonne capable de sortir 40 litres/jour, mais son lait n’est pas assez crémeux pour le provolone del monaco.» Mais Carlo Petrini ne plaide pas seulement pour le goût. La qualité alimentaire doit être bonne, propre et juste. Les paysans doivent pouvoir vivre de leur travail honnêtement. «Pas comme les Macédoniens sous-payés qui vendangent les raisins destinés au Barolo piémontais.»

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