Bonnezeaux, petite AOC ligérienne de grand moelleux

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Bonnezeaux, toute petite appellation de Loire de 80 ha, à 20 km au sud d’Angers est une illustration de plus de l’étendue du spectre du chenin, cépage identitaire de la Loire.  Voilà un  moelleux qui plonge dans une histoire de près de 1000 ans…  C’est sur la commune de  Thouarcé que s’étend l’appellation sur des coteaux raides aux sous-sols de schistes gréseux.  On parle ici souvent du cru Bonnezeaux sans jamais se soucier d’une quelconque reconnaissance officielle.

Comme en sauternais, ce sont les brumes matinales d’une rivière -le Layon- qui favorisent surmaturation et développement du botrytisme, sur les grains. Mais encore faut-il capter au bon moment cette pourriture noble. Cela implique plusieurs passages dans les vignes lors des vendanges. Le vigneron doit résister à l’envie de récolter précocement – et s’épargner le mauvais sort d’une grêle tardive… L’INAO exige un enrichissement de 238 grammes de sucre naturel par litre.

François Geffard, président du syndicat de l’AOC Bonnezeaux

René Renou, vigneron local et grand réformateur du Comité Vins de l’INAO, a laissé ici de belles traces qui ont accru l’exigence des pratiques vigneronnes. « Bien avant tout le monde, nous avons été les premiers à expérimenter la confusion sexuelle. Surtout René Renou a mis en place des commissions dites  “taille et rendement”.  Toutes les vignes sont contrôlées afin de vérifier que les pieds ne sont trop chargés. Si c’est le cas, le vin est déclassé. Nous sommes presque les seuls à faire ça.» explique François Geffard, président du syndicat de l’AOC Bonnezeaux. En 2018, 110 ares l’ont été.

 

 

 

Ce contrôle in situ se déroule en juillet et se termine par un casse-croute organisé par le syndicat lors duquel chacun amène une bouteille de l’année précédente pour dégustation. «Ça permet à chacun de se situer. » assure le président du Bonnezeaux.

Comme d’autres vins de Loire, les bonnezeaux affichent un excellent rapport prix/plaisir.  Dans leur jeunesse, ils sont onctueux et amples  avec des arômes de zestes d’oranges, d’abricots confits ainsi que des notes de miel. Ils se marient autant avec le foie gras qu’avec des fromages persillés tels que roquefort et fourme d’Ambert. Pour une galette des rois à la frangipane c’est aussi un must. Pour les grands millésimes, ils peuvent devenir totalement bluffants. Rares sont les vins de France à pouvoir affronter les années avec autant de panache. Comme cette cuvée de 1881 du domaine de Terrebrune, incroyable de tension et d’arômes et d’acidité maîtrisée aux notes de cuir et pain grillé évoquant un très vieil armagnac. Mais là comme ailleurs, le millésime le plus stupéfiant reste le 1947 du Château de Fesles.  Une larme sur le palais de bonnezeaux peut stopper la marche du temps. En cette époque de “court-termistes” et d’emballement généralisé vers le n’importe quoi, c’est un joli miracle.

 

Carte d’identité de l’appellation
Année du décret INAO : 1951
Cépage : chenin
Nombre de producteurs : 42
Superficie : 80 ha
Rendment annuel : 20 hl
Production annuelle moyenne : 1600 hl sur 80 ha (soit 213 300 bouteilles par an)

 

 

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