Dominique Piron veut réveiller le beaujolais

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A la tête d’Inter Beaujolais depuis un an, Dominique Piron parviendra-t-il à ébranler un « déclinisme » à l’œuvre depuis quelques années dans le beaujolais ?  En tout cas, il semble multiplier les initiatives qui remontent le moral des viticulteurs sur place. A la réserve près que la grêle vient parfois doucher tous les espoirs lorsqu’elle s’acharne sur certains coins du vignoble comme on l’a vu encore le 10 et 30 juillet derniers.

Mi-vigneron, mi-négociant, l’homme peut incarner une renaissance. Tant il est vrai que les Domaines Piron – auxquels est associé Julien Révillon- ont su prospérer passant de 14 ha à 95 ha en 40 ans et vendant 700 000 cols en moyenne chaque année. Sans oublier de jolis coups dans l’Empire du Milieu. Dominique Piron se bat d’ailleurs pour placer le beaujolais au terminus – ou au départ ?- de la Route de la Soie, ce qui pourrait être mis en lumière de façon spectaculaire à l’automne prochain… Sans oublier le soutien apporté au projet du Geoparc du beaujolais qui pourrait être reconnu par l’Unesco.

Dominique Piron et Julien Revillon devant les Monts du Beaujolais

Apôtre infatigable du gamay, Dominique Piron est simple comme son cépage.  «Le gamay : ou c’est bon ou c’est rien.» dit-il. « Le client final, c’est du vin à boire qu’il recherche. » Pas question donc de compliquer le discours ou de rechercher le mouton à cinq pattes mais juste de permettre au gamay d’exprimer les différentes sensibilités de ce formidable patchwork minéral du terroir du beaujolais. D’où une stratégie rivée autour de trois créneaux : des vins de fête et de copains, des vins de plaisir en cœur de gamme et des vins d’exception destinés notamment aux « beaux » établissements CHR.

Pour réussir son projet, il lui faut s’appuyer sur les hommes. «Individualistes farouches, les vignerons du beaujolais parlent de leur métier avec une profondeur et une conviction impressionnante quand ils sont seuls. En groupe, il en va autrement… On va donc leur proposer des coachs afin de les aider à dialoguer et à se débloquer quand ils sont  en public» assure Dominique Piron. Son objectif : faire changer ces attitudes, impulser un changement culturel façon de conjurer un état de fait qu’il explique en grande partie par des raisons historiques et sociologiques. Celles de grands bourgeois lyonnais achetant des domaines en beaujolais au milieu du XIXe siècle pour s’en servir comme des maisons de campagne mais sans jamais jouer leur rôle de propriétaire dans la conduite des vignobles. Puis celle de leurs métayers et de leurs descendants devenus petits propriétaires confrontés à la malédiction des indivisions et du morcellement et  donc de l’impossibilité d’investir.

Sur la stratégie, pas question pour autant de toucher au beaujolais nouveau. «Qui peut s’asseoir sur la vente de 25 millions de bouteilles en trois jours ?» interroge-t-il. Même si à ses yeux cette manne si généreuse durant des décennies a aussi été un poison qui a rendu incapables certains d’imaginer aller vendre leurs vins. Ce qui explique aussi entre les lignes le psychodrame annuel et récurrent de la négociation du prix de l’hecto du « Nouveau» avec le négoce.

Et puis, il y a ce marché chinois et le beaujolais qu’il aimerait rendre visible  au terminus lyonnais de la Route de la Soie. Il a bien vendu son vin aux Chinois et aimerait faire partager aux Hans le goût du Nouveau…

L’homme ne méconnaît pas les obstacles au développement du vignoble. A commencer par cette pénurie de main d’œuvre dont le vignoble est  plus gourmand qu’ailleurs du fait de la taille gobelet et de la vendange manuelle et qui impose de recourir aujourd’hui à des travailleurs bulgares ou maliens. Rien n’interdit de planter plus large et de tailler en cordon mais les investissements sont lourds dans un vignoble comme le beaujolais. Et sur ce point, les vignerons bourguignons semblent être les seuls à pouvoir investir. Mais s’il ne le dit pas, le patron d’Inter Beaujolais ne semble pas convaincu que les maîtres du pinot  soient les plus à mêmes à composer les meilleurs rimes du gamay avec les roches du beaujolais…

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