La réforme des appellations : résurrection ou enterrement de première classe pour les AOC ?

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Rédaction des cahiers des charges
La réforme est dores et déjà bien engagée puisque les organismes de défense et de gestion sont déjà mis en place dans la plupart des appellations. Parallèlement la réécriture des décrets que l’on appelle désormais « cahier des charges » est en cours. Il s’agit là de la phase la plus importante, car de ces cahiers des charges va découler la hiérarchisation et la segmentation des produits qui constitue la pierre angulaire de la réforme qui, si le calendrier est respecté, devrait être votée par le Comité national de l’INAO dans le courant du premier trimestre 2008, de manière à ce que les prochaines vendanges puissent être gérées selon le nouveau dispositif.

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Une « usine à gaz » ?
Reste à savoir maintenant ce qui va réellement sortir de ce que certains qualifient déjà d’énorme « usine à gaz ». Car on voit mal comment on pourrait, dans des appellations aussi importantes que Bordeaux qui produit 7 millions d’hl, évacuer d’un trait de plume les 5 millions d’hl de vins  dont la qualité faible ou médiocre ne correspond à aucune véritable expression de terroir. Il suffit pour comprendre ce qui risque de se passer, de comparer avec les réformes successives qui ont modifié l’organisation des appellations italiennes. Dans ce pays, on a d’abord créé les DOC (denominazione di origine controlata) que l’on a donné à tout le monde. Puis on a créé les DOCG (Denominazione di origine controlata garantia) pour segmenter le marché. Résultat : les consommateurs italiens se moquent éperdument des origines et regardent surtout les marques.  Avec la réforme en cours, au lieu de conserver l’appellation pour les vins les plus typiques, on risque de la laisser aux vins les plus basiques, les autres se contentant de leur nom et de leur réputation.
Il s’agit là d’un risque que l’on ne peut négliger et si par manque de courage, on n’ose pas écartes des AOC tous les vins qui ne représentent pas leur terroir, cette réforme, au lieu de renforcer notre système d’appellation, risque de définitivement l’enterrer.

Jean-Moïse Braitberg

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