Grèves : le pire est-il à venir ?

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On s’en doute. Noël 2019 à Paris ne sera pas folichon du tout. Nombre d’acteurs du CHR parisiens expliquent n’avoir jamais vécu une période aussi difficile. Même en 1995. Bistrots et restaurants – 10% environ des 60 000 commerces que compte la capitale- sont dans l’œil du cyclone avec les magasins textile. Des quartiers sont plus sinistrés que d’autres : Grands boulevards, Saint-Lazare, Montmartre … où les chutes de chiffre d’affaires peuvent dépasser 60% voire 70%. Dans les hôtels, les réservations s’effondrent.

Les bistrots qui s’en sortent sont ceux qui ont une clientèle de quartier. Les autres – à commencer par les brasseries à la clientèle de bureau venant de banlieue – sont désertés le midi. Et le soir, aucun touriste en goguette. Ajoutez à cela, le super-bonus d’une fermeture d’une journée si vous avez la malchance d’être situé sur le parcours d’une manif !

«Je suis très inquiet pour l’avenir. Je ne crois plus en l’Etat. Les ministres sont hors-sol, en train de nous pondre une nouvelle taxe ( la taxe dite Pénicaud sur les CDD- NDLR). A nous de prendre les choses en main. Propriétaires des fonds et/ou des murs, nous devons aider nos jeunes. Faute de quoi beaucoup risquent de tirer le rideau très vite. On devrait baisser les gérances de 50% pendant un ou deux mois -décembre, janvier-  voire février car ce n’est pas terminé.  Ce sera toujours plus simple de faire un cadeau de 50% de la gérance que de repartir travailler ou de chercher un nouveau gérant. »

Marcel Bénézet, président de la branche Cafés du GNI

Des milliers de fournisseurs impactés

Evidemment, c’est toute la chaîne amont qui est impactée. De Metro où le rayon champagne n’a jamais été aussi désert en décembre à Rungis – que la CGT a tenté de bloquer le 20 décembre- et dont le chiffre d’affaires dépasse en décembre le milliard d’Euros. Stéphane Layani, son patron, a bien tenté de relativiser l’impact du mouvement façon d’éviter de déprimer ses grossistes. Ceux qui sont touchés sont ceux qui travaillent d’abord avec les restaurants gastronomiques en quête de beaux produits. Et puis il y a tous les fournisseurs indépendants – ostréiculteurs, vignerons, éleveurs, salaisonniers ou saurisseurs-, ils risquent de devoir patienter parfois très longtemps le paiement de leurs créances…«Mais ça, comme le dit un vigneron du beaujolais, nos « amis » de la SNCF et de la RATP s’en f…t complètement» . 

Quid des” gastros” ? 

Même si leurs clients ne prennent pas le métro … ceux qui vont bien sont beaucoup moins nombreux que les autres. Quand le Train Bleu à la gare de Lyon fait 30 couverts dans une gare sans train soit mais les belles adresses d’étoilés  de grands noms sont aussi dans une situation fâcheuse…Ceux qui ne sont pas épaulés ou possédés par des groupes internationaux risquent de souffrir car les frais fixes – une brigade 30 personnes et les approvisionnements – font exploser le déficit. 

Julien Boscus au travail dans sa cuisine d’Origines

Les « gastros » à la mode qui ont ouvert récemment seraient dit-on les moins touchés. A l’exemple de Julien Boscus, jeune chef de 36 ans qui vient d’ouvrir Origines (8e) et qui confie que décembre n’a pas été si mauvais compte tenu de la situation. «On a fait face à des annulations de repas d’entreprise et il faut payer les taxis pour aider le personnel. Le plus dur c’est pour mon plongeur. Il habite au bout de la Seine Saint-Denis et passe 4h chaque jour dans les transports. Il est vraiment très remonté. Ceux qui prétendent les défendre devraient d’abord penser aux gens modestes. » explique le chef.

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