Metro ouvre un 2ème magasin à Paris

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Si on la jouait franchouillarde en diable, on dirait que les « casques à pointe du commerce de gros », après avoir pénétré Paris par le Nord, opèrent désormais une percée par l’Est. Le 15 juin, le géant allemand Metro Cash and Carry a ouvert un 2ème magasin à Bercy sur l’avenue des Terroirs de France (sic.). Difficile de se faire une idée. Chez Metro, les reporters ne sont pas les bienvenus s’ils ne sont pas cornaqués par le service de com. « Das Kultur de la com » à la teutonne !

Plus de quarante ans après la fin du « Ventre de Paris », c’est donc un deuxième coup de canif au « périmètre de référence », qui a protégé le marché de Rungis de l’installation de commerces alimentaires de gros dans Paris. C’est un décret publié le 20 mars qui a ouvert cette deuxième brèche.

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Probable que cette 2ème implantation de Metro va accélérer la redistribution des cartes dans le CHR. Les réseaux d’entrepositaires, France Boissons, Olivier Bertrand, et autres fournisseurs tels que Richard et Tafanel risquent d’être chahutés à terme face aux prix discounts de Metro et à son service de livraison. Et ce même si les « contrats de bière » pluriannuels les protègent en principe contre la versatilité de leurs clients…

En tout cas, chez Metro, le ton est donné dès l’entrée du magasin avec sur les murs une affichette : «Bière pression êtes-vous sûr de payer le bon prix ?» Et Metro de décliner les offres pour les fûts et les becs de bière, sans oublier les contrats d’assistance en tous genres. Y compris dans la rénovation du bistrot.
Pascal Gayrard, patron de la filiale française du géant allemand, met en avant son origine de fils de patrons de bistrots aveyronnais pour faire passer un message à la Robin des Bois. En juillet 2010, dans une tribune publiée dans le Monde intitulée « Non, le bistrot du coin n’est pas condamné ! », il avait enfourché le thème de la fin des petits bistrots, pour défendre les petits indépendants contre les chaînes… Dénoncer l’uniformisation, quand on est un géant de la distribution et que la condition de la rentabilité suppose justement une massification des flux et donc une réduction du nombre de produits proposés, cela interpelle… Surtout quand on voit les propositions de plats déjà préparés… Comme Nestlé qui aimerait bien que tous les bistrots distribuent ses crèmes brûlées en poudre, Metro se bat aussi pour ses produits siglés à son nom. Ca promet en terme d’uniformité !
Evidemment, tout n’est pas aussi tranché. Nombre de patrons fileront chez Metro pour les huiles, les farines, le liquide vaisselle ou le PQ. Et ceux qui jouent la qualité et le frais continueront sans doute à s’approvisionner à Rungis ou en direct auprès de leurs producteurs. Idem pour les vins. Car ce n’est pas sur les linéaires de Métro que l’on trouve des vins d’auteurs. «Quand on est bistrot à vins, on ne va pas chez Metro pour le vin» explique par exemple, Thierry Cayla qui tient le bistrot le Rez-de-Chaussée à deux pas des puces de Clignancourt.

Et à Rungis ?

A Rungis, on ne fait pas de commentaires. On explique en substance que le frais et la diversité sont les cartes maîtresses du MIN. Par exemple avec les 80 producteurs franciliens de fruits et légumes. «A l’écoute des restaurateurs, ils ont développé des gammes d’herbe. C’est cette pluralité de l’offre qui explique pourquoi 4000 CHR viennent s’y approvisionner chaque semaine » explique David Bourganel, directeur marketing de Semmaris. Idem pour les fromages. «Dans un monde fromager très industriel, la vingtaine de grossistes de Rungis permet d’offrir près de 1500 fromages, parfois issus de tous petits producteurs. » Et l’homme de rappeler que les activités de service se sont énormément développées. Par exemple comme l’atelier de filetage des poissons à la Marée ou la préparation des viandes.

Et que 1000 véhicules livrent chaque jour Paris. «La fréquentation physique n’est pas la seule façon de s’approvisionner à Rungis». Bref, on n’ a pas attendu Metro pour jouer la carte du service…

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