Les dandys prennent d’assaut les grands boulevards

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Café Cardinal sur les Grands Boulevards dans les années 1840

Café Cardinal sur les Grands Boulevards dans les années 1840

On pourrait citer également le Café Riche, le Café de Paris, le Cardinal, le Café Hardy ou encore le Café Anglais, célèbre pour ses cabinets particuliers.

De Balzac à Maupassant, nos grandes plumes y ont planté leurs décors, comme plus tard, d’autres le feront avec les cafés de Saint-Germain des Prés.

 

Paradoxalement, les grands travaux du baron Haussmann sonnent le début de la décadence pour les cafés d’élite sur les boulevards. Si les théâtres restèrent sur les boulevards, la clientèle huppée déserta peu à peu les cafés pour d’autres horizons. Par exemple, les Champs-Elysées. Même si Maupassant situe un épisode de Bel Ami au Café Riche.

Les mœurs du boulevard du Gand, décrit par Alfred de Musset en 1837.
«Vous ne connaissez sûrement pas, Madame, les moeurs de ce pays étrange qu’on a nommé le boulevard de Gand. Il ne commence guère à remuer qu’à midi. Les garçons de café servent dédaigneusement quiconque déjeune avant cette heure. C’est alors qu’arrivent les dandys ; ils entrent à Tortoni par la porte de derrière, attendu que le perron est envahi par les Barbares, c’est-à-dire les gens de la Bourse. Le monde dandy, rasé et coiffé, déjeune jusqu’à deux heures, à grand bruit, puis s’envole en bottes vernies. Ce qu’il fait de sa journée est impénétrable c’est une partie de cartes, un assaut d’armes, mais rien n’en transpire au-dehors et je ne vous le confie qu’en secret. Le boulevard de Gand, pendant le jour, est donc livré à la foule qui s’y porte depuis trois heures environ jusqu’à cinq. Tandis que les équipages poudreux règnent glorieusement sur la chaussée, la foule ignorante ne se promène que du beau côté parce que le soleil y donne… À cinq heures, changement complet ; tout se vide et reste désert jusqu’à six heures ; alors les habitués de chaque restaurant paraissent peu à peu et se dirigent vers leurs mondes planétaires. Le rentier, amplement vêtu, s’achemine vers le café Anglais avec son billet de stalle dans la poche, le courtier bien brossé, le demi-fashionable vont s’attabler chez Hardy; de quelques lourdes voitures de remise débarquent de longues familles anglaises qui entrent au Café de Paris sur la foi d’une mode oubliée ; les cabinets du Café Douix voient arriver deux ou trois parties fines, visages joyeux mais inconnus. Le Club de l’Union s’illumine et les équipages s’y arrêtent; les dandys sautillent ça et là avant d’entrer au Jockey-Club. À sept heures, nouveau désert; quelques journalistes prennent le café pendant que tout le monde dîne. A huit heures et demie, fumée générale: cent estomacs digèrent et cent cigares brûlent.., c’est le beau moment. Les femmes, que la fumée suffoque et qui abhorrent cet affreux tabac, arrivent à point nommé, elles se pressent, s’entassent, toussent et bavardent; le monde dandy s’envole de nouveau ; ces messieurs sont au théâtre et ces dames pirouettent. À dix heures, les fumeurs ne restent plus qu’en petit nombre et les femmes, qui commencent à respirer, s’en vont. La compagnie, qui était plus que mêlée, devient de plus en plus mauvaise; les désoeuvrés seuls tiennent bon. A onze heures et demie, les spectacles se vident; on se casse le cou devant Tortoni pour prendre une glace. À minuit, un dandy égaré reparaît un instant; il est brisé de sa journée, il se jette sur une chaise, étend son pied sur une autre, avale un verre de limonade en bâillant et s’éclipse. Une heure après, pas une âme ne bouge et trois ou quatre fiacres patients attendent seuls devant le café Anglais des soupeurs qui ne sortiront qu’au jour.» Cité par Jean-Paul Clébert dans les Haut Lieux de la Littérature à Paris. Bordas.

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