Adieu à Robert Savoye par Jean Lapoujade

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Mon cher Robert,
Nous te savions œnophile et adepte des festivités bachiques. Ton coude, toujours guilleret, élevait sans fatigue le vin au-dessus du niveau de la mer et tes somptueuses bacchantes frémissaient différemment selon les cépages dans lesquels tu les trempais.

Alors, comprends notre stupeur, quand nous avons appris que tu avais osé la mise en bière, avant de filer en douce, goûter l’eau-delà.

Nous avons du mal à avaler…

Nous restons derrière nos comptoirs, le gosier sec, contemplant ton verre qui restera désormais toujours plein.

Tu appartenais à la cuvée historique de Tradition du Vin, Bouteille d’Or 1989 avec ton mythique Griffonnier. Son gigantesque comptoir était ta scène et ta cène, derrière lequel tu officiais avec un sens inné de la rime bachique. Chez toi pas de miroir à luette ni d’aquaphilie. Le vin était tout simplement bon et tu le tirais pour que chacun puisse le boire comme un ami. C’est avec cette même science du bon vivre que tu m’accompagnas en 2005, pour taster et écrire : « Le guide des bistrots à vin parisiens ».

Depuis tu t’étais retiré dans ta Lozère natale, mais sans jamais te désintéresser de cette histoire bistrotière et vineuse qui était aussi ton histoire
Peut-être, dans les vignes du seigneur, croiseras-tu aussi Adenis, Georgé, Darchy, Vergne, Haltebourg, Péret, Hazebroucq, Aygalenc, les Sages de Tradition du Vin trop tôt disparus. Gageons qu’ils ont sympathisé depuis longtemps avec Saint-Emilion, Saint-Estèphe ou Saint-Amour. Tu ne vas pas t’ennuyer, cher Robert, alors tu pardonneras aisément nos quelques larmes qui ont du mal à sécher.

Nous t’embrassons.
Salut.

 

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