Bistroscope. L’histoire de France racontée de cafés en bistrots de Pierrick Bourgault

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Ce « Bistrocope» est une lanterne magique bistrotière fourmillant d’images rarement vues, de grandes et petites histoires que l’on picore avec plaisir.

On se plonge au départ dans les tavernes de tous les plaisirs sous l’antiquité. On y accuse le tavernier de toutes les turpitudes et notamment  de vendre du vin trafiqué. Un reproche récurrent au moyen-âge… où l’on retrouve un François Villon  versifier une belle balade déroulant toutes les façons d’étriper les taverniers… En attendant comme le raconte Pierrick Bourgault, le poète s’ingénie à boire et manger gratis avant de filer «en torchant son nez à la nappe ». 

Bien sûr, il y a le Procope et ses philosophes des Lumières, ses cafés, glaces et thés, les cafés du Palais-Royal et les nuits d’ivresse sous la Révolution. Le passage sur le « théâtre pornographique » et les tapages nocturnes avec « des voisins excédés par les chansons obscènes et la tabagie » ne manque pas de sel. 

L’auteur revient également sur l’origine du mot bistro qui aurait été prononcé par les soldat russes sur la butte Montmartre. « Rien n’est moins sûr » confirme-t-il. Le joug russe sur Paris en 1814 ne fut pas celui qui s’abattît sur Berlin en 1945 … Les milliers de cosaques qui campent sur les Champs-Elysées apprécient particulièrement les cafés de la capitale et leurs vins.  Le tsar distribuait de l’argent à ses troupes pour qu’ils règlent leurs consommations et évitent ainsi les conflits. Las ! certains cafés furent saccagés lors des bagarres avec des soldats « napoléonistes ».

On picore et on feuillète avec plaisir les pages sur les cafés et estaminets de la Belle Epoque, cafés des peintres à Montmartre et cafés populaires à Belleville. On s’attarde sur cette photo de deux jeunes « apaches » – « caileras » de la Belle Epoque- posant attablés un couteau à cran d’arrêt planté dans la table du bistrot.

Il y a la grande histoire comme l’assassinat de Jaurès le 31 juillet 1914 au Croissant et des coups de projecteurs sur des bistrots résistants comme ce Café de la Calandre raflé en 1943 et son jeune agent de liaison, Jean-Jacques Auduc.

En guise de conclusion, Pierrick Bourgault s’interroge sur le déclin des bistrots et cafés et souligne le rôle de l’Association pour l’inscription au Patrimoine immatériel de l’Unesco des bistrots et des terrasses de Paris pour leur art de vivre. Il passe en revue bien des pistes qui pourraient ralentir l’hécatombe, plus douloureuse en province d’ailleurs qu’à Paris. Face aux vacuités du monde virtuel, le bistrot signera-t-il son retour en s’ancrant dans le réel ? 

“Bistrocope. L’histoire de France racontée de cafés en bistrots ” par Pierrick Bourgault
Chronique Editions – Prix 29 €

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