BISTROS ET BARS A VIN
>> Paris et ses vignes

Montmartre, son vin, ses abbesses et Poulbot.(suite)


Si le vin de Montmartre avait également la réputation de "faire sauter comme une chèvre", c'est bien parce que tous ces vignobles entraînent inéluctablement l'ouverture de tavernes et de cabarets, car le vin était soumis à des droits d 'octroi pour entrer dans Paris.

Du coup, le dimanche les parisiens sortaient de Paris et gravissaient les flancs de la Butte au milieu de vigne. On se rendait à Montmartre pour aller boire et s'encanailler dans les bals champêtres et les nombreuses guinguettes qui pullulent alors.



L'annexion de Montmartre à Paris en 1860 sonne la fin de la culture de la vigne. Gérard de Nerval indique dans son ouvrage "Paris et alentours" "Chaque année cette humble coteau perd une rangée de ceps rabougris qui tombe dans une carrière". Les vignobles disparaissent un à un, jusque dans les années Trente.


A partir du moment où le Sacré Coeur, l'un des monuments les plus imposants fut construit à la fin du XIX°, les terrains de la Butte qui avaient jusque là la réputation d'être difficilement "constructibles" vont être l'objet de spéculation immobilière.
Comme le souligne Bernard Champigneulle dans son ouvrage sur Paris "Les promoteurs d'immeubles à multiples étages montèrent à l'assaut des terrains vagues, pourchassèrent les dernières vignes, les derniers bouts de jardin, culbutèrent lilas et tonnelles. "



C'est sous l'impulsion du dessinateur Francisque Poulbot et quelques amis artistes de la République de Montmartre et du Vieux Montmartre que fut créé dans l'ancien jardin d'Aristide Bruant situé rue des Saules un parc, le Square de la Liberté, pour sauver ce lieu des promoteurs immobiliers.

Quelques pieds de vigne furent plantés afin de préserver le côté champêtre de la Butte. En 1933, la plantation devient communale.
La première récolte a eu lieu en 1934. Depuis, chaque vendange le premier dimanche d'octobre donne lieu à une fête populaire.


Le cru de la vigne de Montmartre , le "Clos Montmartre" est entièrement vinifié dans les caves de la mairie du 18ème arrondissement sous l'oeil expert de son oenologue attitré depuis plus de dix ans, Francis Gourdin. (ci-dessus à droite )

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Les vignes de Montmartre en 1850 par Gérard de Nerval

"J'ai longtemps habité Montmartre, on y jouit d'un air très pur, de perspectives variées, et on y découvre des horizons magnifiques soit qu'ayant été vertueux on se lève à l'aurore, soit qu'avec des goûts moins simples on préfère les teintes pourprées du couchant.

Il y a là des moulins, des cabarets, des tonnelles, des Élysées champêtres et des ruelles silencieuses bordées de chaumières, de granges et de jardins touffus, des plaines vertes coupées de précipices, où les sources filtrent dans les glaises, détachant peu à peu certains îlots de verdure où s'ébattent des chèvres qui broutent l'acanthe suspendue au rochers. Des petites filles à l'air fier et au pied montagnard les surveillent en jouant entre elles.

On rencontre même une vigne, la dernière du cru célèbre de Montmartre, qui luttait, du temps des Romains avec Argenteuil et Suresnes. Chaque année cet humble coteau perd une rangée de ses ceps rabougris qui tombe dans une carrière. Il y a dix ans, j'aurais pu l'acquérir au prix de trois mille francs On en demande aujourd'hui trente mille. C'est le plus beau point de vue des environs de Paris. Ce qui me séduisait dans ce petit espace abrité par les grands arbres du Château des Brouillards, c'était d'abord le reste de vignoble lié au souvenir de Saint Denis, qui au point de vue des philosophes était peut-être le second Bacchus...".

Gérard de Nerval - Itinéraires Paris et alentours -