AOC Fronton

0

Dans la famille des vins du Sud-Ouest, le Fronton tient une place un peu à part. Et pour cause, c’est d’abord le vin des Toulousains. La « ville Rose » a été longtemps le débouché naturel de ces vignoble distant d’à peine 20 km du Capitole. Et nombre de Toulousains ont longtemps exploité des vignes en frontonnais. Depuis deux décennies, les vignerons locaux ont pris conscience du potentiel de leur appellation et soigné autant leurs pratiques culturales -réduction des rendements et enherbement- que leur vinification.

Frédéric Ribes, président du Syndicat de défense des vignerons de l'AOC Fronton

Frédéric Ribes, président du Syndicat de défense des vignerons de l’AOC Fronton

Comme d’autres vins du Sud-Ouest, le fronton a son cépage identitaire. C’est la négrette qui, depuis une modification du cahier des charges de l’AOC en 2009, peut constituer le seul cépage d’une cuvée. Ce cépage remonte aux chevaliers de l’Ordre de St Jean de Jérusalem. Au XIIème siècle, ces croisés rapportèrent de Chypre, un cépage local, le Mavro (noir en grec). Il s’est finalement le mieux implanté entre Tarn et Garonne. Au fil des siècles, du fait de l’intensité de sa robe, il a pris ce nom évocateur de négrette… La Négrette n’est pas toujours simple à travailler et elle s’épanouit dans des sols plutôt maigres. La voie tracée aujourd’hui est la recherche d’une plus grande concentration avec des vins denses aux arômes de fruits noirs et de violette. Au-delà de ces grands traits charmeurs, disons que les frontons ont parfois ce petit grain de folie qui les rend encore plus attractifs. Est-ce un effet du vent d’Autan qui tourbillonne entre les ceps ?

A partir de la rive gauche du Tarn, le vignoble s’étage en trois types de terrasses. Primo les boulbènes, faites de graviers et de sable apportés par le Tarn. Elles recouvrent des couches limono-argileuses. Les rougets, ces sols argilo-limoneux, contiennent jusqu’à 30 % d’argile et sont omniprésents en moyenne terrasse. Les graves se trouvent sur les plus hautes terrasses souvent en proie au stress hydrique, ce qui impose de faire tomber les raisins.
Les vignerons de l’appellation les plus en pointe travaillent des vins de plus en plus concentrés qui explosent au palais. Et pourtant, on tombe rarement dans le «confituré». La plupart parviennent à conserver cette fraîcheur qui marquent les petits matins sur les rives du Tarn.

A part les rosés, les frontons rouges ne sont pas le genre à être dégustés l’apéro. Ils ont la structure tannique pour tenir tête aux grands classiques de la gastronomie locale, à commencer par le cassoulet ou l’alicot. Et face à des plats issus du cinquième quartier – genre tête ou foie de veau – ils parviennent, comme les ménestrels à la Cour de Raymond de Toulouse, à apporter un côté fleuri à ces canailleries…

 – Décret AOC : 31 juillet 1945 pour « Côtes de Fronton » devenue en 1975 « Côtes du Frontonnais » puis  « Fronton » en août 2005
– Surface plantée : 2400 ha
– Rendement autorisé : 50 hl/ha pour les rouges et 55 pour les rosés
– Cépages autorisés : négrette (au moins 40 %), syrah, côt, cabernet franc, sauvignon, fer servadou, gamay, cinsaut et mauzac
– Deux couleurs : rouge et rosé pour 30% des vins
– 2 coopératives et 40 caves particulières
 fonton_carto

Lire aussi :

Sur un air de négrette spirituelle ( 2014)

Quelques bonnes cuvées frontonaises. (2012)

Frédéric Ribes , Roc around the Négrette (2008)

Partager sur :

Les commentaires sont fermés.