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Salon de Vins de Loire 2010 :

Vins de Loire à Paris, l'impossible reconquête ?

Si les vins de la Loire ne débordent pas à Paris, ils donnent parfois lieu à bien des débordements..

Chez Interloire, on affirme que les vins de Loire sont les plus vendus dans les CHR. Pourtant, à Paris, la part des vins ligériens est minime. Bien des bistrots n'en proposent pas du tout. D'autres, un ou deux. Aucune appellation -à part Sancerre- du fait de sa proximité n'a vraiment le vent en poupe. Dans les récurrences, on voit du saint-nicolas de bourgueil, du chinon, du touraine gamay ou du saumur. Viennent ensuite bourgueil, muscadet, quincy, menetou. Très rarement des coteaux-du-layon.

Il n'en fut pas toujours ainsi. « Jusqu'aux années 80, les vins de Loire régnaient en maîtres à Paris. Nous n'avions pas de stocks. Il m'arrivait de livrer 500 bouteilles de gamay tous les 15 jours dans des petits bistrots de quartier de 30 couverts » témoigne Henry Marionnet, viticulteur en Touraine depuis cinquante ans. Le gel de 1991 a vu disparaître les vins ligériens des comptoirs durant un an. «D'autres se sont engouffrés dans la brèche, comme les vins du Languedoc. Et l’on n'a jamais retrouvé notre place.»
La descente aux enfers n'a pas cessé pour certains vignerons classiques qui confessent avoir vu leurs commandes du CHR parisien diminuer de 50% depuis l'an 2000. Et tous d'incriminer la répression sur l'alcool et ses effets boomerang. A la bouteille de gamay Touraine à deux, on préfère un verre de crozes-hermitage ou de corbières frôlant les 14° qui laisse une trace forte au palais du consommateur qui se rassure ainsi en se disant qu'il n'a bu qu'un verre.

«Aujourd'hui, les vins de Loire sont déconsidérés. Ils n'ont plus le prestige qu'ils avaient hier. Alors qu'il n'y a pas de vins au monde plus digestes et plus faciles à boire. Et pourtant, ça on n'en parle pas ! » fulmine Henry Marionnet qui, visiblement, apprécie peu le travail d'Interloire. Il n'est pas le seul si l'on regarde notamment la décision des exploitants de Bourgueil de quitter la structure. D'autres tempèrent le diagnostic : «le marché principal des vins de Loire a toujours été Paris et le reste aujourd'hui encore. Pour notre part, si nous avions beaucoup perdu ces dernières années nous avons retroussé nos manches. Aujourd'hui, le CHR parisien représente 25% de mes recettes.» témoigne Thierry Germain, vigneron bio à Saumur.

Si la Loire ne déborde plus sur les cartes parisiennes, elle peut donner lieu à de sacrés débordements. A preuve les écarts de prix, du simple au double pour un même vin qu'aucun élément rationnel n'explique. Ni le millésime, ni l'emplacement du bistrot. Un bistrot coté comme la Cantine du Troquet d'Etchebest peut vous mettre un saumur-champigny à 14€ la bouteille alors qu'une grande brasserie de quartier affiche le double. Ce phénomène surprenant ne peut s'expliquer que par une ignorance du client. De quoi se demander si les vins de Loire au bistrot ne seraient pas devenus des vins de pigeons ou de gogo ?

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Les vins de Loire semblent moins présents sur les tables parisiennes ?
C'est peut-être une impression. Je n'ai pas le détail sur Paris. Si c'est vrai pour le muscadet du fait des faibles vendanges passées, en revanche en France nous restons N°1 pour les CHR. Et nous préservons notre place.

Les consommateurs n'ont-ils pas du mal à connaître et à identifier les vins de Loire alors même que la notoriété de certains vignerons semble l'emporter sur les appellations ?
Il est difficile de faire connaître une région de 63 appellations. Cette diversité rend difficile la communication. Les restaurateurs peuvent être tentés d'acheter des vins marginaux des appellations fait par des viticulteurs à forte personnalité.
Mais il est vrai par exemple que lorsque je commande un chinon, je regarde le nom du producteur.

Beaucoup de viticulteurs ligériens ont le poil qui se hérisse devant certaines marges abusives réalisées par le CHR, quelle est la position d'Interloire ?
Je ne peux rien faire, je sais que c'est un vœu pieux. La filière arrivera à vivre que si elle permet à chacun de vivre. Si un viticulteur vend son produit à un prix exagérément cher, au bout de chaîne, le restaurateur ne pourra pas le vendre. Mais l'inverse est vrai. Il faut répartir la valeur ajoutée à tous les niveaux de la chaîne.

Justement quel est pour vous la bon coefficicent ? Trois, quatre ?
Tout dépend du service rendu. S'il s'agit simplement de sortir la bouteille du carton pour la poser sur la table, trois c'est beaucoup. S'il s'agit de prendre la bouteille après l'avoir laissée vieillir en cave et de la carafer afin que le vin se décante alors un coefficient de quatre peut être acceptable.