Lettre du sénateur de l’Hérault Robert Navarro à José-Manuel Barroso

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Coup de gueule sénatorial contre un possible « château » made in US

Et nous qui pensions qu’entre deux siestes les sénateurs ne pensaient qu’à verrouiller le cumul des mandats…cette lettre de Robert Navarro, sénateur de l’Hérault, au président de la Commission européenne, à propos de la mention « Château » qui pourrait être utilisée par les acteurs du vin outre-atlantique, ne manque ni de sel, ni de bon sens.

Lettre à José-Manuel BARROSO
Président de la Commission européenne

Paris, le mardi 18 septembre 2012

Robert Navarro
Sénateur de l’Hérault

« Objet : Une erreur, ça va ; trois, bonjour les dégâts !

«Monsieur le président de la Commission européenne,

Ancien député européen, actuellement sénateur, j’ai toujours été un grand défenseur du projet européen. Même lorsque cela était difficile, comme pour le projet de Constitution, j’ai mouillé la chemise. Avec la crise, je suis convaincu que nous avons besoin de plus d’Europe : l’intégration solidaire est la seule issue pour notre continent. Sur le terrain, les citoyens sont chaque jour plus sceptiques, mais je persiste à mener ce travail d’explication, de pédagogie et de conviction. Et, croyez-moi, quand on quitte Bruxelles et le cénacle européen, c’est une tâche herculéenne !

Aussi, quand vos services, et plus particulièrement l’un de vos Commissaires, s’illustrent avec des propositions non seulement sans intérêts, mais qui heurtent l’opinion publique, je ne comprends pas que vous laissiez faire un tel gâchis qui abime l’Europe et le projet européen dans son ensemble.

En 2009 par exemple, des buveurs d’eau minéral1 avaient eu la grande idée de vouloir autoriser la fabrication de vin rosé en mélangeant du vin rouge et du vin blanc. Heureusement, une mobilisation citoyenne en Europe a permis d’empêcher ce projet.
Un an avant, des cornichons diplômés2 avaient proposé et obtenu de libéraliser les droits de plantation ; la bataille n’est pas encore terminée, même si de toute évidence ce projet n’aboutira pas.

Troisième idée farfelue apparue ces jours-ci dans la presse : des marchands de guano3 – dont l’ambition devrait être la réussite du projet européen – proposent de brader la mention « Mis en bouteille au Château » en autorisant les exportateurs américains à l’utiliser.

C’est le 25 septembre prochain que le Comité de gestion doit discuter de l’autorisation demandée par les producteurs de vins américains, proposition à laquelle les services de la Commission européenne sont très favorables.

Comme les mots ont encore un sens dans un monde où les repères se perdent, il convient de s’attacher à celui du mot « Château ». En Europe, cette mention désigne un vin produit dans des régions d’origine contrôlée, uniquement à base de raisins récoltés et vinifiés sur la propriété.

Aux Etats-Unis, le raisin peut venir de différents récoltants ce qui, chez nous, relève de la mention « Mis en bouteille dans la région de production » : il s’agit de vins de négociants dont les vins sont mis en bouteille en dehors de l’Appellation revendiquée. Ce sont des produits standard, sans réelle identité, sans terroir.

Aussi, je vous en conjure : ne ridiculisez pas le projet européen avec des idées non seulement farfelues, mais dangereuses. Accepter ce détournement de terminologie, c’est ouvrir la voie à une tromperie généralisée du consommateur. Surtout, les enjeux économiques sont majeurs. Alors que le Parlement européen vient d’adopter un paquet qualité – qui concerne un large éventail de produits agricoles, mais exclut le vin – il est essentiel de protéger et valoriser ce pan magistral de la culture, de l’histoire et de l’économie européenne : la viticulture !

C’est un élu du Languedoc-Roussillon, un territoire au vignoble très ancien datant d’avant la fondation de la Gaule narbonnaise, qui vous lance cet appel solennel !

En comptant sur votre sagesse, je vous prie de croire, Monsieur le président de la Commission européenne, en l’expression de mes sentiments les meilleurs.»

Robert Navarro

1-in « Objectif Lune », Hergé
2-in « L’affaire Tournesol », Hergé
3-in « Tintin et les Picaros », Hergé

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