Le costume d’Arlequin ardéchois

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Avec leurs vins de pays des Coteaux de l’Ardèche (environ 2/3 des surfaces plantées), les Ardéchois ont été parmi les premiers à se lancer, voilà près de trente ans, dans l’aventure des vins de pays. Il fallait sortir de la médiocrité des vins de tables tout en s’affranchissant des carcans de l’AOC notamment dans le choix des cépages. 70 % du vignoble a alors été restructuré. Ils ont aussi été les premiers en France à se lancer dans les cépages purs. Et l’éventail de tous les grands cépages présents sur le terroir ardéchois permet de répondre à la variété des goûts du consommateur. Des pionniers ont exploré bien des directions et les grands négociants bourguignons -Dubœuf ou Louis Latour- ont également jeté leurs dévolus sur les hectares ardéchois.

L’Ardèche est un drôle de vignoble marqué par une coupure entre un nord aristocratique et un sud roturier. Au nord, les crus de la Vallée du Rhône (Cornas, Saint-Joseph, Saint-Péray, Condrieu, Château-Grillet, Côte-Rôtie) ne jouent pas sur leur appartenance à l’Ardèche. Au sud, 1700 viticulteurs -3 fois sur 4 coopérateurs et producteurs de vins de pays- sont souvent polyvalents qui ajoutent à la viticulture des vergers ou des gîtes.

«Eux, ce sont des Lyonnais, nous sommes des Méditerranéens» disent les vignerons du Sud. En 1997, les “midi-moins le quart“ ont décidé d’unir leurs forces au sein de l’association “2000 vins d’Ardèche”. Pas facile, car l’Ardèche est une belle toile d’Arlequin, réunissant à la fois des coopératives -une vingtaine- mais aussi des caves indépendantes. Côté vins, on n’a que l’embarras du choix : vins de pays des Coteaux de l’Ardèche, AOC côtes-du-rhône (côté Ardèche méridionale avec Bourg-Saint-Andéol, ci-dessus) et AOC côtes du Vivarais.

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Les efforts ont payé, les vins de pays des Coteaux de l’Ardèche sont souvent bien mieux valorisés -parfois de plus de 20%- que beaucoup d’autres vins de pays et de pas mal d’AOC, à commencer par l’AOC ardéchoise, les Côtes du Vivarais.
Aujourd’hui, plane la crainte que la réforme des vins de pays qui vont devenir IGP et intégrer l’INAO le 1er août ne casse pas cette dynamique ardéchoise. Sur place, tous se sont positionnés pour une IGP Ardèche mais avec des conditions strictes. «En Ardèche, notre force c’est notre capacité à accorder un label après avoir vérifié que le vin correspondait aux critères du cahier des charges. Nous souhaitons garder les mêmes conditions demain dans le cadre de l’IGP (Indication Géographique Protégée).» explique-t-on sur place. Exit l’agrément systématique.

«Le futur dispositif des Vins de Pays en IGP ne clarifie rien du tout !»

Comme la plupart des quelques 140 autres vins de pays, les vins de pays des Coteaux de l’Ardèche vont basculer le 1er août sous le régime des IGP (Indications Géographiques Protégées) et intégrer l’INAO. Ce qui ne va pas sans appréhension de la part de vignerons ardéchois.

Deux questions à leur président, André Mercier.

Le 1er août, les vins de pays deviennent des IGP et les vins de tables, des vins de cépages sans indication géographique. N’y-a-t-il pas un risque de visibilité pour les vins de pays comme ceux de l’Ardèche?
Le futur dispositif ne clarifie rien du tout. Notamment pour les vins de cépages, on va retrouver des cépages à toutes les catégories de prix et venant de tous les secteurs. Or jusqu’à présent -à l’exception des AOC Bourgogne et Alsace- la mention du cépage était réservée aux vins de Pays.
Les ex-vins de table vont devenir des vins de cépages sans Indication géographique. Et tout dépendra de la façon dont ils seront travaillés. Et il y aura du bon et du pire car certains vont faire ce qu’ils veulent. Comment un amateur de viognier fera-t-il la différence à l’achat entre un vin bien travaillé dont le vigneron se sera limité à un rendement à 35hl/ha et un vin industriel ?

Comment faire pour y parvenir ?
Il faut jouer sur le qualitatif. Il y a 40 ans, nous n’étions rien du tout en Ardèche. Maintenant, on est reconnu. On compte bien continuer à jouer cette image de la qualité. On va maintenir cette exigence en se limitant à un maximum de 70 hl/ha ( contre 120 hl autorisés) et surtout en procédant pour chaque cuvée à une dégustation systématique. Cela vaudra aussi pour les vins AOC qui se serviront des IGP comme replis, c’est-à-dire pour leur part de vins ne satisfaisant pas aux critères de l’AOC et qui tomberont ipso facto dans l’IGP. Chaque fois que nous constaterons un manquement, nous le renverrons à l’organisme d’agrément.

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