L’AOC Grignan-les-Adhémar

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Voisiner avec un complexe nucléaire quand on est un vignoble peut sérieusement écorner votre image. C’est ce qu’ont longtemps pensé les vignerons des coteaux-du-tricastin. Une solution s’imposait : le changement de nom. Au bout de deux ans de procédure, en juin 2010, l’INAO plutôt rétif en général sur ces changements, acceptait que l’appellation soit rebaptisée Grignan-Les-Adhémar. Magie d’un nom qui associe ce vin à la plus grande épistolière de la littérature française, la Marquise de Sévigné.tricastin_vue2

Deux ans plus tard, la question se pose encore de savoir si ce nouveau baptême a permis de relever la notoriété de l’appellation. «Ca n’a pas fait de mal, les gens se concentrent sur le vin, on ne nous embête plus avec le nucléaire.» expliquent en substance les vignerons. «Historiquement, nous étions en queue de peloton. Ce changement nous a donné une 2ème vie» souligne Henri Bour, président du syndicat de l’appellation.

Mais, à part les amateurs éclairés et les spécialistes, qui connaît Grignan-les-Adhémar ? Ca ne court pas les nappes des bistrots de Paris. La géographie n’aide pas. Etre coincé entre les réputées côtes du rhône septentrionales (Crozes-Hermitage etc..) et leurs homologues méridionales, (Gigondas, Vacqueyras etc..) ne facilite pas l’identification. Quant à la dégustation, elle offre une diversité des profils aromatiques même si le recours à la syrah demeure un trait dominant. D’un côté, des nectars produits par des individus passionnés, exprimant leurs terroirs avec talent par des vins souples et épicés, de l’autre des vins plus banals typés côtes-du-rhône. Le fait est qu’on trouve ici de très bons rapports qualité/prix avec d’honnêtes bouteilles à partir de 3,50 €.

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Ouf ! les vins « vraceux » et râpeux d’autrefois laissant l’impression d’une matière première mal entretenue rattrapée par une main lourde sur le soufre ont tendance à disparaître. Il faut dire que depuis l’an 2000, la surface du vignoble s’est réduite comme peau de chagrin passant de 2800 à 1600 ha à coups d’arrachages.

Et pour accompagner le changement de nom, le syndicat de l’appellation a décidé de mettre l’accent sur la qualité. Une nouvelle charte et un nouveau cahier des charges ont rendu obligatoire une baisse du rendement et un minimum de 30% de syrah pour les rouges, et de 30% de viognier pour les blancs. Autres mesures : une interdiction du désherbage total et un contrôle systématique dans les cuves. Deux ans plus tard, ce travail de qualité commence à payer. Des investisseurs étrangers ont cru au potentiel de l’appellation et investi sur l’avenir. Et la grosse coopérative du coin, celle de Suze la-Rousse qui représente 36% du volume, n’est pas la dernière à jouer la carte de la qualité. Parlera-t-on un jour du grignan-les-adhémar comme de la côte-rôtie et du saint-joseph ? Réponse dans cinquante ans.

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