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A quand la coupe de champ au même prix que le ballon de beaujolais ? (dec 08)

Elles montent, montent... puis poum ! Pauvre champagne, qui, comme d’autres, crut à une ascension infinie. Le réveil est douloureux. L'export s'effondre. Les financiers de la City qui s’envoyaient des flûtes de Moët ou de Ruinart noient leur dépit dans une pinte de Guinness.
Entre Reims et Epernay, la braderie a commencé pour les marques. «Comme, ils ne vendent plus, ils font des remises folles» explique Francis Luizard, responsable des achats d’un groupe de cavistes.  «Voilà un an, il fallait les supplier de nous laisser quelques bouteilles, aujourd’hui, elles nous supplient de leur en prendre. Elles avaient oublié leur cœur de marché, la France » explique Arnaud Bardou, patron de la cave parisienne éponyme qui sert une quarantaine de cafés sur la capitale.
«Le malheur des uns...» on connaît la suite. Ainsi, les marques champenoises aiguillent les bouteilles initialement destinées à l'export vers le marché national. Du coup, la bulle se fait plus légère pour le portefeuille de l’amateur français... 

Mais cette affaire est à méditer au regard des grands discours sur la notion de marque, dont on nous a longtemps expliqué qu’elle était la seule planche de salut du vin français. Que penser d’une marque comme Laurent Perrier dont les bouteilles d’entrée de gamme étaient proposées aux professionnels à 30€ en novembre 2007 et à 20 € un an plus tard !
En Champagne, il y a aussi des vignerons qui font leurs vins. Grosso modo cela représente le tiers des bouteilles, soit une centaine de millions... Pour l'instant, tout va bien, mais ils attendent avec inquiétude 2009. D'où le mot d'ordre ressassé par le tout puissant Syndicat Général des Vignerons de la Champagne à ses 5000 adhérents : “Ne déstockez pas !”

Bref, si ce n'est pas encore la panique ça sent le roussi. Car il y a du stock, beaucoup de stock, dû justement au système de destockage mis en place pour compenser les mauvaises années. Jusqu’à présent, les producteurs champenois avaient bien tiré leur épingle du jeu. Ils s’attaquaient au marché national en démarchant Paris avec des prix moitié moins élevés que les marques tout en vendant très cher leurs raisins au négoce. Ne possédant que 10% du vignoble, les marques se retrouvent toujours obligées d'acheter leurs raisins. Mais à 6€ le kg, la bouteille est d’autant plus difficile à rentabiliser.

Aujourd’hui, tout le monde se retrouve en France sur un marché d'autant plus étroit que d’autres régions - à commencer par l’Alsace et la Bourgogne- n’ont pas attendu leur tour pour développer avec succès leurs crémants conçus selon la méthode traditionnelle autrefois baptisée champenoise. Même s’il faut bien remarquer que l’envolée des crémants est d’abord un phénomène régional.

Sur Paname, c’est d’abord la bulle champenoise que vénèrent toujours plus ces “snobs de Parigots” ! Au bistro, le champagne a le vent en poupe. D’où la question, avec cette déflation, faut-il s’attendre à voir la coupe de champ au même prix que le ballon de beaujolais ?

LB

 

Le boom du champagne au bistro

A Paris, le “champ'” est en train de tailler des croupières aux Martini et autres pastis. Les bistros sont unanimes. Depuis deux, trois ans, le champagne s’affirme nettement au zinc à l’heure de l’apéro. Une démocratisation du produit qui tient également à l’impact de l’alcootest. «Il s’en boit de plus en plus,» confirme Christophe Monnaye du café du Métro, rue de Rennes. A son comptoir, ce jeune patron le vend 5,5 € soit un 1,5 € de plus qu’un bon cru du beaujolais.

«C’est une tendance très récente»confirme Laurent Héruin. Son Dada, bistro chic de l’avenue des Ternes, en écluse 120 bouteilles par mois... «Mais si l’on a du Ruinart à 80 € la bouteille, ce sont les clients qui ont choisi le champagne de
propriétaire


«Beaucoup de petits producteurs ont compris que Paris n’était pas loin» explique pour sa part Maurice Cayron du Bailli de Suffren dans le 7e. Et d'une façon générale, il y a une amélioration de la qualité chez les indépendants avec des champagnes moins dosés qui séduisent davantage.

Pour autant, il n'est pas toujours facile au patron de vendre du champagne de producteur, il faut savoir s’y prendre. « En matière de champagne, certains clients ne croient qu’en la marque. Pour eux je mets en avant un Deutz que je touche à très bon prix à condition de commander 90 bouteilles» poursuit Maurice Cayron.


Evidemment, il se consomme plus de "champ" dans les beaux quartiers qu’à Ménilmontant. En moyenne, il faut compter 7 € la coupe servie en salle. Avec des premiers prix à 12 € la bouteille pour un champagne de producteur, le “coeff” n’est pas mauvais. A condition de ne pas oublier qu’une bouteille ouverte a une durée de vie commerciale de deux jours. Encore que dans ces cas-là, certains n’hésitent pas à reverser le fond de bouteille dans un pichet de chardonnay. Un retour aux sources du vin tranquille !

 

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