Beaujolais, des vieux millésimes pour construire le futur.

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Le beaujolais ne s’avoue pas vaincu et le gamay n’a pas dit son dernier mot. En témoigne une séance de dégustation consacrée aux vieux millésimes des crus organisée à l’occasion de la présentation des beaujolais 2010 et 2011 à Paris. «Ces vieux millésimes construisent l’avenir du Beaujolais » a martelé Antoine Pétrus, sommelier chez Lasserre et meilleur ouvrier de France en sommellerie 2011, qui commentait la dégustation.

Pour lui, cela ne fait aucun doute, le gamay n’est pas un cépage par défaut, un accident de l’histoire décrété par les ducs de Bourgogne mais le cépage qui s’exprime le mieux sur le terroir du beaujolais. «Sur les tables étoilées, ces vins ont plus que leur place, explique le sommelier et à un bien meilleur rapport qualité-prix que d’autres. » Sa dégustation était sur ce point assez bluffante. Des vins raffinés ciselés avec une diversité d’expression selon les terroirs sans oublier leur côté frais et digeste. Exemples avec un brouilly 1983, Château de la Terrière envoûtant, avec des notes acidulées, ou encore un saint-Amour 89 domaine des Billards d’une très grande élégance. Des vins de raffinement qui sans étiquettes auraient de quoi tromper 99% d’experts qui induiraient plutôt du pinot venu de Hautes-Côtes de Nuit. 

Mais voilà, chez les rois des primeurs, on est guère porté sur la culture du millésime. «C’est vrai que cette approche est encore minoritaire parmi les vignerons» confirme Xavier Barbet, PDG de la maison Loron. «Mais il y a une évolution des mentalités sur ce point. Et on note aussi un recours à la technique mais dans le bon sens avec par exemple l’apport de la barrique, un meilleur travail sur la surmaturité et une diminution des rendements. On n’a plus affaire à des producteurs de vins mais à des vignerons dans le bon sens qui veulent exprimer leur terroir.» confie pour sa part Antoine Pétrus.

« Ce n’est pas simplement aux vignerons qu’il faut faire prendre conscience du potentiel de ces vins mais également aux opérateurs, aux cavistes et aux restaurateurs. Quand on vend des 2009 aujourd’hui, les gens nous disent « ça fait déjà trois ans »… c’est bien cet état d’esprit qu’il faut changer» » poursuit Xavier Barbet. L’homme s’avoue un peu déçu de voir si peu de restaurateurs jouer les crus du beaujolais en millésimes.  «Heureusement que les millésimes comme le 2005 prennent plus chez les grands cavistes». Et pourtant ces vins sagement tarifés apportent au restaurateur une vraie plus-value. Un moulin-à-vent ou un brouilly millésimé 2005 peut se conserver dix ans voire beaucoup plus. Pour des restaurateurs, ancrés dans le temps, ce sont donc des vins qui permettent de tracer l’avenir.

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