Beaujolais 2009, mécaniser ou mourir !

0

beaujolais09_verreAlors ce superbe primeur 2009 va-t-il redorer le blason d’un vin habitué à subir toutes les avanies depuis 10 ans ou sera-t-il perçu comme un dernier flamboiement du crépuscule ? Pour l’instant, la spirale infernale se poursuit. Les cours continuent de chuter. Officiellement, on parle de 140€ l’hecto. En fait, on frôle souvent les 120 €. Parfois moins. Largement en dessous du prix de revient, plus élevé qu’ailleurs du fait d’une densité supérieure de plantation et surtout de vendanges manuelles. Les arrachages sur le vignoble risquent de se multiplier. «Quel vignoble n’a pas ses arrachages, plaide Georges Dubœuf qui défend vaille que vaille le primeur.Que serait le beaujolais s’il n’y avait pas le beaujolais nouveau ? »

«Vendre 250 000 hl en une semaine, bien des vignobles ne diraient pas non.» souligne pour sa part Pascal Chatelus, vigneron dans le sud du vignoble en appellation beaujolais générique, les viticulteurs du Bordelais ou des Côtes du Rhône nous l’envient. » Même à 140 € l’hecto, vendre son vin un mois après l’avoir vendangé, cela vaut toujours mieux que d’espérer vendre 90€ l’hecto d’un côtes-du-rhône payé un an plus tard… C’est ce qui explique sans doute que l’ODG (Organisme de Défense et de Gestion) Beaujolais ait été incapable en juin de s’entendre sur une réduction du volume réservé au Nouveau. Les viticulteurs n’ont pas souhaité s’autolimiter à 25 hl/ha pour le primeur et sont restés à 32 hl/ha. Quitte à en payer les conséquences à l’automne…(lire encadré Beaujolais : une culture de la discorde)

bojo_bouteillage

Comme le « Nouveau » passe à près de 80% par le négoce, les discussions ne sont pas simples. Le vœu d’avoir une position commune des coopératives en matière de prix a une fois de plus volé en éclats. «Certaines coopératives n’ont pas joué le jeu en vendant à des cours ridiculement bas. Ras-le-bol de brader nos vins. Nous avons préféré ne pas vendre cette année et nous réserver pour les vins de garde.» explique-t-on par exemple à la coopérative de Quincié. Ainsi comme chaque année, il y a ceux qui ont pu vendre au bon prix et les autres qui sont la proie des courtiers qui jouent la montre…

beaujolais09_quincie

Il y a toujours eu des profiteurs de guerre avec le beaujolais nouveau. Il suffit d’attendre son heure pour racheter à vil prix à ceux qui n’ont pas pu ou voulu vendre leurs stocks. Ainsi s’expliquent les bouteilles à 2€ du hard discount qui flinguent l’image du beaujolais et font enrager les négociants qui payent un prix permettant aux vignerons de s’en sortir. «Ils n’en ont rien à faire que l’on meurt.» s’emporte Pierre Lafond, viticulteur à Saint-Lager qui distribue en direct 150 bistros parisiens. «Quand j’entends le directeur de Moët et Chandon déplorer à la radio le risque pour l’image du champagne de trouver des bouteilles à 10€ sur les linéaires, quel média viendra nous demander ce qu’on pense de voir des bouteilles de beaujolais à 2 € ?» poursuit Pierre Lafond. La preuve aussi que le vin des Rois, le champagne, autrefois salué pour l’organisation de sa filière et sa maîtrise de l’offre, n’est plus si exemplaire…

beaujo_pied
Réduire l’offre fait-il augmenter les prix ? La question se pose chaque année en Beaujolais et elle divise. Georges Dubœuf l’assure : «Ce qui règle tout, c’est l’offre et la demande, le marché. Il faudrait qu’un jour on parvienne à s’organiser.» Mais baisser l’offre pour augmenter les prix ne semble pas produire d’effets pour d’autres. «En dix ans, on est passé à de 70 hl/ha à 52 mais on n’y a rien gagné» assure Pierre Lafond. «C’est typiquement la fausse bonne idée à la française, on a fait la même chose dans d’autres vignobles comme le Minervois. On a beau réduire l’offre, les prix continuent de chuter, et les vignerons ne s’en sortent pas car ils conservent grosso modo les mêmes coûts de production» explique pour sa part Laurent Chevalier, directeur de Fessy. Une fois encore le prix dépend de l’image et vice versa. 2 € la bouteille de primeur sur les linéaires n’inspire par confiance… « Il faut bien reconnaître que plus les cours baissent moins il s’en vend. » assure pour sa part Olivier Tisseur, directeur commercial d’Oedoria, issue de la fusion des coopératives de Beauvallon et de Liergues. L’homme assure toutefois avoir multiplié par cinq ses ventes de primeurs tout en dégageant des prix qui permettent aux viticulteurs de s’en sortir avec un revenu net supérieur à 1,40€ par litre.

bojo_marie

Alors le succès de l’opération du Beaujolais Nouveau lancée il y a plus de trente ans n’a-t-il pas masqué les nécessaires efforts de restructuration qu’il aurait fallu entreprendre voilà longtemps ? A commencer par la densité de plantations aujourd’hui de 10 000 pieds/ha et qu’il faudrait faire tomber de moitié. Et surtout la mécanisation du vignoble. C’est le plus difficile. Cela suppose de revenir sur les fondamentaux, la taille gobelet qui n’autorise pas la vendange mécanisée. Or, pour beaucoup, cette restructuration, qui nécessitera au moins entre 5 et 10 ans, intervient trop tard. Nombreux sont ceux qui, trop endettés, n’ont plus 1 € à investir. Alors faut-il attendre un miracle ? Peut-être celui que l’exceptionnel millésime 2009 permette au beaujolais de relever la tête. La prière à la Vierge du Mont Brouilly n’a sans doute jamais été aussi d’actualité.

Beaujolais 2009, Une culture de la discorde

bojo_cartoPLe vignoble du Beaujolais, c’est la Guerre des Gaules de Jules César avec des tribus incapables de s’entendre sur l’intérêt général et qui tirent chacune à hue et à dia. «La discorde est d’autant plus vive qu’aujourd’hui chacun essaye de survivre ! » souligne Pierre Lafond, vigneron à Saint-Lager qui sert plus de 150 bistrots parisiens. Il y a tant de situations différentes, de l’indépendant vinificateur, au coopérateur, à celui qui vend une partie de son raisin au négociant et vinifie le reste.
On le sait, il y a une ligne de fracture entre le nord de Villefranche, où se concentrent l’appellation beaujolais village et les dix crus (fleuri, juliénas, moulin-à-vent, brouilly etc…) et le sud, terre du beaujolais générique. La plus touchée par la crise. Le plus souvent les acteurs produisent à la fois des crus et du primeur comme chez Fessy par exemple : «On continue à faire du beaujolais nouveau, mais ce n’est pas un créneau stratégique. Notre objectif est d’abord de communiquer sur les crus, c’est la seule façon de s’en sortir et d’assurer aux vignerons des prix qui leur permettent de tenir» explique Laurent Chevalier directeur de l’entreprise où le Nouveau ne représente pas plus de 10% des cols vendus. Mais d’autres vont plus loin, et rejettent à tout jamais l’image du Beaujolais Nouveau tel que le Club dit « beaujolais Expression d’Origine ».

Ce n’est pas un hasard si les Bourguignons rachètent aujourd’hui des vignobles dans les crus. D’autant que depuis le décret de 1937, neuf crus du Beaujolais ont le droit de revendiquer l’appellation «Bourgogne ». Quoique chez d’autres Bourguignons, on goûte aussi fort peu l’intrusion du gamay dans le domaine sacré du pinot…

Partager sur :

Les commentaires sont fermés.