Basile Saint-Germain, Aurel et Solen

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Basile Saint-Germain, anachorète languedocien

Avec son prénom et son corps noueux comme un cep, il pourrait facilement enfiler une robe de bure et se transformer en anachorète. Il en a déjà la thébaïde, un chai de pierres solaires et de fer forgé qu’il a fait édifier en 2001, près de Pézenas, dans son domaine des Aurelles acquis en 1995. Dans ces coteaux du Languedoc, le bonhomme et ses vins sont plutôt singuliers.

Il y a chez Basile Saint-Germain une quête de l’épure, une forme de dépouillement qui met en avant le recherche de l’expression du terroir et bannit tout artifice. Le fruité qui pète en bouche et les arômes artificiels, très peu pour lui. Ainsi explique-t-il avoir abandonné la syrah en 2010 à laquelle il reproche un côté excessif voire trop flatteur qui coupe toute longueur. Or c’est ce qu’il recherche désespérément dans ses vins comme le la d’un chant grégorien dont l’écho continue à vibrer indéfiniment dans le cloître de notre cerveau.

Le village de Nizas

Le village de Nizas

Cette longueur pour lui vient d’abord du terroir. Il appris le vin dans le Médoc au Château Latour. Ses vignes de Nizas sont plantées sur un terroir composé d’anciennes terrasses sablo graveleuses du Villafranchien et d’éboulis basaltiques dont il cherche à tirer un sens profond. Qu’il s’agisse de sa cuvée rouge Aurel et de sa cuvée Solen, ses vins impressionnent par leur structure et leur ampleur. Même si leur austérité de prime abord – particulièrement pour Aurel- s’estompent pour laisser l’impression grande élégance confirmée par une longue finale en bouche.

Avec une telle approche, on comprend que Basile Saint-Germain ne soit pas du genre à pulvériser des phytos, à vendanger en machine ou à recourir aux copeaux de chêne. Ses vins assurent-ils sont bios et il n’a pas besoin de certification. Il fait réaliser périodiquement des analyses pour garantir l’absence de pesticides, « non pas au milligramme mais au microgramme… » Son tri à la vendange est d’une sévérité absolue. Idem pour le travail de vinification centré autour de cuves inox plus larges que hautes pour les rouges et le principe d’un élevage long avec des doses de soufre inférieures, assure-t-il, à ce qui se pratique en biodynamie.

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Cette quête de perfection s’exprime aussi dans une obsession de l’hygiène quasi-pathologique qui le pousse à passer chaque après-midi de vendange à nettoyer ses chais et tous leurs équipements. Cette obsession de la propreté, il en est sûr, se retrouve dans la finale de ses vins. Et il n’est pas peu fier de montrer son pressoir vieux 15 ans et neuf comme s’il l’avait acheté la veille.

Mais quand on évoque la mode des vins nature, Basile se transforme en Savonarole en prêche. «L’opportunisme des vins nature dissimule un laxisme impossible, teinté souvent d’incompétence et de manque d’hygiène. Et il y a un autre argument que je réprouve, celui de l’absence de soufre qui permet de se « déchirer », qu’est-ce d’autre qu’un appel à la beuverie. Ce n’est pas mon idée du vin. Je ne veux pas jouer ce jeu.» Pas question pour lui de jouer au moine défroqué et bachique façon Rabelais.

http://www.les-aurelles.com

 

aurelle_solenDes vins de Cène…
Selon qu’on choisira la Cène de Léonard ou celle de Fra Angelico, on choisira plutôt Aurel ou Solen…

Aurel n’est pas le genre de vin à boire avec un esprit léger et facétieux à l’apéro. Plutôt un vin corpus à mettre en scène autour d’une Cène. Du super charpenté avec une structure qui évoquerait presque la chaîne pyrénéenne. Assemblage de Mourvèdre 65%, Syrah 20%, Grenache 15% élevé en cuve trois ans. Il serait presque austère s’il n’y avait sous-jacent toute la puissance d’un terroir. Mieux vaut le carafer quatre heures avant et ne pas le boire trop chaud.
Aurelles 2009 : 12,50€

Solen 2008 (60% carignan, 40 % grenache) , 4 ans d’élevage, est aussi tout en retenue. Fin et complexe il délivre une très belle finale.
Prix TTC : 27,50€

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