Muscadet…Grandeurs et misères du p’tit blanc

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Sacré Muscadet ! Il a beau se décliner en quatre appellations, pour le grand public, il demeure un symbole du petit blanc populaire, celui que l’on boit « sous les guinguettes quand les filles sont belles ».
C’est aussi du fait de sa vivacité, le meilleur ami des huîtres et des moules quand il a été élevé sur lies. Sa personnalité tient beaucoup à ce cépage unique qu’est le melon de Bourgogne. Mais comme d’autres vins populaires, tels que le Beaujolais, le Muscadet a connu des sommets et… malheureusement des abysses. Après des pics dans les années 1990, où la production atteint le million d’hl (contre 460 000 hl attendus en 2011), il est devenu l’un des vins d’appellations les moins valorisés de l’Hexagone. C’est peut dire que la sinistrose frappe le vignoble de l’arrière pays nantais.

A l’origine de ses déboires, outre une image un peu trop « populo » au goût de certains, le gel de 2008 a entraîné la disparition du muscadet des comptoirs et un plongeon à l’export. Aucun stock, aucune réserve, ne sont venues amortir la chute de la production. Les prix se sont envolés avec la rareté et beaucoup s’en sont détournés. Depuis, ses prix se sont effondrés et les stocks ont enflé. Quand on connait l’importance du facteur psychologique en matière de vins, un cours à 45 € l’hecto en vrac ou un prix de bouteille pour un sèvre-et-maine à 3,50€ ne plaide pas pour une image haut-de-gamme. «Le marché déteste le yoyo, et sur ce point-là, le muscadet en a trop fait.» reconnaît Joël Forgeau, président de l’appellation Muscadet. A Paris, la place du petit blanc n’est pas restée vacante longtemps. D’autres venus principalement du Languedoc, comme les IGP Pays d’Oc ou le picpoul, ont pris sa place. Résultat, le troisième vignoble français ressemble à une peau de chagrin, en moins de dix ans, sa superficie est tombée 11 000 ha à 8500 ha… Mais tout espoir n’est pas vain. «Petit à petit, on revient sur Paris» assure Joël Forgeau.

Car le mouton noir de la viticulture française a désormais de beaux atouts à faire valoir. La reconnaissance par l’INAO en juillet 2011 des trois appellations communales du muscadet (Clisson, Gorges et le Pallet) a redonné un nouvel élan à l’appellation en permettant d’envisager une montée en gamme grâce à des vins surprenants et enjôleurs. Des vins de gastronomie digestes, frais et complexes, supportant une garde de cinq à dix ans. Cette reconnaissance, obtenue après un long travail d’analyse des terroirs, a donné des idées à d’autres viticulteurs bien décidés à suivre la même démarche. Ainsi en va-t-il des communes de Goulaine, de Mouzillon-Tillières, de Château Thébaud et de Monnières Saint-Fiacre.

Mais cette reconnaissance par le haut implique de revoir la « segmentation » du muscadet plutôt confuse jusqu’à présent en termes de prix/produit. Le recours à des cabinets spécialisés a permis d’observer que le muscadet avait un fort taux de notoriété d’environ 80%. Idem pour la mention « sur lies » même si bien peu sont à même de la définir. «En revanche, il y a un manque de lisibilité et de différenciation entre le générique et les appellations sous-régionales » confie François Robin, délégué régional d’Interloire. En clair, l’idée serait d’avoir un muscadet générique sur le fruit bien identifié entre 1,5 à 2,5€, un « sur lies » entre 3 et 4,5€ et des crus communaux plus complexes autour de 10€. C’est déjà le cas, pour le haut de gamme. Et ce n’est pas volé.

Carte d’identité de l’Appellation
Date du décret de l’appellation : 1936 pour les appellations muscadet sèvre-et-maine et muscadet coteaux de la Loire
1937 : appellation muscadet
1994 : appellation Muscadet Côtes de Grandlieu
2011 : Trois crus communaux, Gorges, Clisson et le Pallet
Rendement maximum : 65 hl en muscadet générique, 55 hl en sous-régionale, 45 hl pour les crus communaux.
Nombre de viticulteurs : 650
Superficie : 8500 ha
Cépage : Melon de bourgogne

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