Les vins insulaires et monastiques de l’abbaye de Lérins

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Il faut quitter Cannes et sa Croisette, ses yachts et ses starlettes éberluées du festival, traverser la baie en bateau durant 30 mn et accoster sur l’île de Saint-Honorat. Ici, le calme surprend. Le bruit du ressac le dispute au chant des cigales. Tout juste le ronronnement du tracteur qui sulfate du cuivre sur les vignes. En haute saison, 800 personnes chaque jour visitent l’île à pied et repartent chaque soir. Sauf pour ceux qui ont choisi de faire une retraite au monastère…

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Car cette île de 40 ha appartient aux moines cisterciens de l’abbaye de Lérins depuis le XIIIe siècle. Au lendemain de la guerre, ses membres ont décidé de replanter de la syrah et  d’autres cépages – mourvèdre, chardonnay, clairette, pinot noir-  sur une superficie de 8 ha. Les moines complètent la production des vins avec l’huile des oliviers protégés par frère Matteo par des pulvérisations d’argile.

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C’est Frère Marie qui a la charge du vignoble et des chais. Voilà 1000 ans, à l’ère des bâtisseurs des monastères, il n’aurait pas surpris avec son visage taillé à la serpe et son collier de barbe franciscaine. Il connaît chaque parcelle. «Le millésime 2016 devrait être officiellement certifié bio, explique-t-il, et ce même si jamais un pesticide n’a pénétré sur l’île.» Mais voilà, il faut bien afficher une certification officielle pour faciliter l’export dans des pays comme le Canada.


Ce n’est pas le bio qui inquiète le moine mais plutôt un réchauffement climatique qui fait durement sentir ses effets depuis trois ans. Pas d’eau. Les orages restent sur la côte. Du coup, cela a des conséquences sur le degré et la chaleur des vins. Les moines ont revu leurs pratiques culturales avec de nouvelles treilles permettant de développer le foliaire pour offrir davantage d’ombre aux grains ou un labourage sur tous les rangs. Surtout, plus que nulle part ailleurs, la date des vendanges pose un sérieux souci. Car elles ont tendance à se faire chaque année plus tôt. Or pas question pour les frères de vendanger un 15 août, fête de l’Assomption… En 2015, les vendanges ont commencé le 17 et pourtant le vin a pris un degré de plus. Et le stress hydrique a entraîné une chute de 30% de la récolte des chardonnay. Tout cela explique aussi une remise en cause du travail dans les chais, un décalage des expéditions  et un élevage jusqu’à 24 mois dans les fûts neufs pour arrondir certaines cuvées.


Car il faut coûte que coûte maintenir la réputation des vins de l’Abbaye de Lérins qui s’exportent partout dans le monde à commencer par le Japon. Et ce, en dépit de tarifs plutôt élevés qui ne sont pas dus à un supplément de charité ou à une complicité spirituelle mais bien parce qu’ils nécessitent beaucoup de travail. Quand le plafond de production d’une IGP peut atteindre les 120 hl/ha, ici, le rendement moyen de dépasse pas les 40 hl/ha. Car le paradoxe est que les Vins de Lérins ne sont pas classés AOC, mais IGP Méditerranée. Humilitas…

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Les vins de Saint-Honorat sont des vins denses et complexes en blancs comme en rouges, structurés et avec une identité propre à leur statut insulaire mêlant salinité et notes  de garrigues et d’eucalyptus.
Des cuvées enchanteresses telles que la Saint-Honorat, (33 €), syrah profonde, fruitée et épicée qui n’a pas à rougir de la comparaison avec les grands côtes-du-rhône. Idem pour la cuvée Saint-Césaire un chardonnay  ample mais qui garde une pointe d’acidité et de salinité. Mais c’est la Saint-Lambert (125€), qui procure une incroyable expression du mourvèdre, intense, complexe et velouté. Une seule gorgée pourrait justifier une semaine de vendanges en robe de bure sous le soleil cannois.

 

http://www.abbayedelerins.com/site/index.php/fr/

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