Vinexpo 2011

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Bruno Le Maire esquisse une politique viti-vinicole : Le salut est à l’export !

A Vinexpo, notre ministre de l’Agriculture s’est déclaré heureux que la France tienne la tête du peloton comme premier exportateur mondial de vins en valeur. Et il a incité les viticulteurs à se préparer à la montée en puissance des nouveaux concurrents de demain, Chili, Afrique du Sud, Argentine…

Et le ministre d’indiquer un cap : celui de la qualité. «A Bordeaux, on l’a compris, avec le plan Bordeaux demain.» Un plan élaboré par le CIVB vise à faire passer en huit ans, le CA de la viticulture bordelaise de 3,4 milliards d’euros à 4,6 milliards. Mais les succès des grands châteaux ne lui font pas oublier la misère des croquants de la vigne. Un vigneron sur trois souffre en Bordelais. «Tant mieux si les grands crus se vendent bien. Mais je n’oublie pas les viticulteurs bordelais qui continuent de souffrir par exemple dans l’Entre-Deux-Mers. »

Après ce fut plus flou… «Nos efforts, c’est de préserver la typicité de nos vins, aller vers des vins anonymes et anodins seraient une erreur majeure. Il faut aller vers la qualité et la segmentation. Les vins français ne sont pas encore structurés en termes de segmentation de l’offre. » Sauf que les vins de cépages qui se développent à grande vitesse notamment dans le Sud ne sont pas toujours les plus typiques du terroir …

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Dans la même ligne de pensée, Bruno Le Maire a réaffirmé son rejet de l’idée émise à Bruxelles de fusionner AOC et IGP ? « Rien ne serait plus dommageable… cela remettrait en cause nos efforts pour avoir une offre mieux segmentée.» Idem pour la libéralisation des droits de plantation. Projet contre lequel le ministre fait le tour d’Europe pour convaincre ses partenaires de s’y opposer. Il a assuré avoir le soutien de l’Espagne, de l’Italie et de l’Allemagne notamment.

Pour autant, charité bien ordonnée commence par soi-même. Et il faut bien reconnaître qu’en France, durant ces trente dernières années, bien des vignobles sont passés en AOC sans satisfaire aux critères minimum de qualité et de typicité. «Seulement 20 % des vins d’appellation d’origine méritent ce statut » expliquait récemment dans un chat organisé par le Monde le spécialiste bachique, Michel Bettane, reprenant une vieille idée chère au grand patron disparu de l’INAO que fut René Renou.

Le même Bettane s’emporte contre le ministre qui ne jure que par l’export et ne croit plus au développement de la consommation en France. Difficile de ne pas lui donner raison, quand dans la même conférence de presse Bruno Le Maire après avoir salué la culture du vin en France expliquait qu’il fallait cesser de croire que les Français boiraient un jour davantage de vin. Certains y verront un signe d’encouragement adressé à la fois au lobby hygiéniste et aux grands alcooliers vendeurs de pré-mix pour des jeunes générations adeptes de saoûlerie TGV. Alors qu’au même moment, les vignerons doivent prendre d’infinies précautions pour initier le public à leur terroir…

Vin et Bovins, même combat !

«Trop de querelles, trop de divisions, trop de conflits de chapelle, trop d’interprofessions … Tout cela nuit à notre capacité à prendre des parts de marché.» Difficile de lui donner tort sur ce point. La viticulture française est à l’image du monde politique. Une espèce de mille-feuille – avec quelques bons fromages- et divers niveaux d’intervenants ayant tous leur mot à dire … Seul dénominateur commun, la demande de subventions par exemple pour communiquer à l’export… D’où l’incantation au rassemblement de Bruno Le Maire. Et le ministre de citer un déboire récent tiré de l’élevage bovin. Malgré des années d’efforts pour pousser Poutine à ouvrir le marché russe, la filière française s’est révélée incapable de fournir un lot de 1000 bêtes demandé par les Russes. Ce sont les Allemands qui ont emporté la mise.

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