BISTROS A VIN
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Pesticides, la coupe est pleine (suite de l'article)

Même si le recours aux phytosanitaires est en baisse dans les vignes françaises, on peut donc mieux faire. Des viticulteurs mieux éduqués prennent conscience qu’on peut faire aussi bien avec moins. Il est vrai aussi que dans certaines régions viticoles comme l’Aude, le recours aux “phyto” est moins lié à une conscience écolo qu’à la crise de la viticulture. La paupérisation des jeunes viticulteurs du Languedoc a obligé les firmes phyto à baisser leurs marges.
Dans d’autres régions, comme la Bourgogne le “raisonné” a été la première étape d’une campagne de sensibilisation lancée durant les années 90. Elle a permis de réduire de 20% les traitements, soit deux traitements de moins en moyenne pour une moyenne de sept traitements/an. « A partir du moment où l’on peut garantir un résultat correct aux viticulteurs sur plusieurs années, on peut aller plus loin.» explique Didier Sauvage de la Chambre d’Agriculture de Saône-et-Loire. «L’enherbement, c’est notre cheval de bataille, explique pour sa part, François Boyer, conseiller viticole à la chambre d’agriculture de l’Aude, c’est le message que l’on fait passer à nos viticulteurs. »
Même les crus du Bordelais qui n’ont pas non plus été avares en “phyto“ s’y mettent. Quand ce n’est pas un passage au bio comme le sauternes Château Guiraud, d’autres tels le Château Kirwan -margaux- se préparent à s’associer avec leurs homologues pour lancer des études afin de diminuer les "intrants” dans la vigne.
Mais on ne change pas du jour au lendemain un système de production aussi ancré dans les institutions et les têtes. Répandre un herbicide, est toujours facile que labourer six ou sept fois par an (voir l’exemple de Franck Bessone en beaujolais) ! Car se passer de pesticides, signifie pour le viticulteur travailler plus sans retour financier direct à court terme. Mais bien expliquée au consommateur, la mention “viticulture raisonnée” à défaut de bio, peut être un argument qui fait mouche. En termes d'image, l’abus des “phyto” colle de plus en plus mal avec celle du vin comme expression d’un terroir.
Quand un vin comme le santenay 1er cru est épinglé par l’étude de Pan Network pour la présence de neuf molécules identifiées dont une potentiellement cancérigène, l’effet d’image est désastreux.
Alors, les vignerons mieux éduqués et sensibilisés à “penser” leur terre sur le long terme sont peut-être de plus en plus nombreux. Mais il est peu probable qu’ils soient majoritaires. Des signes forts pourraient accélérer le mouvement. Le Grenelle de l’Environnement pourrait déboucher par exemple sur des nouvelles interdictions de produits. Sauf à rêver d’une baisse de la TVA sur les vins bio qui constituerait une vraie défense du patrimoine français. En attendant, croisons les doigts pour que les bistros militants raisonnent et limitent leurs culbutes sur le bio...

LB





*Le roi de l’OGM ne craint pas d’affirmer dans son site dédié à son Roundup pour la viticulture que son produit est respectueux de la vigne, du sol et du vin. Il a été condamné par le Tribunal de Lyon en janvier 2007 pour publicité mensongère pour son Round-Up destiné aux particuliers qui contrairement à la pub laisse des traces. Mais peut-être s’agit-il d’un autre Roundup...


 

 

Quid des vignes OGM ?


Contrairement aux céréales, la vigne ne se sème pas chaque année. Une fois planté, le cep donne ses premiers fruits au bout de trois ans. Un vignoble, c’est un patrimoine. Certains ceps peuvent vivre plus longtemps que l’homme. Même si aujourd’hui les pieds de syrah dans certains vignobles se replantent tous les 20 ans. Tout cela explique que les groupes impliqués dans les OGM s’y intéressent moins que les céréales. Mais des recherches existent. «Il ne fait pas de doute que le jour où sortira une variété d'OGM de cépage capable de résister au mildiou ou à l’oïdium, tous les viticulteurs industriels s’y engouffreront. » explique Denys Armand, viticuleur raisonné dans le Gard.

Certaines régions semblent plus opposées que d’autres aux OGM. C’est le cas de la Bourgogne, terroir d’authenticité, où bien des vignerons ne se voient pas du tout voisins de plantations OGM.


En revanche, bien des structures viticoles de type industrielles rêvent de ceps génétiquement modifiés qui se défendraient seuls contre l’oïdium et le mildiou. Le débat promet d'être houleux avec ceux qui sont attachés au vin comme l’expression d’un terroir...