Côtes du Rhône 2015 : une stratégie conquérante

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En Vallée du Rhône, le millésime 2015 -exceptionnel surtout en rouge-  conforte la stratégie de montée en gamme conduite par l’interprofession ces dernières années. Même si le marché français s’est tassé en 2015 (-3,1% en volume), le prix moyen a progressé de 5,3%.

Le vignoble se veut « conquérant » avec un tiers du volume exporté. Et la véritable conquête ce sont les USA, premier marché à l’export (86 millions d’€) où l’on ne rechigne pas à payer une bouteille plus de 5€.

«La mode est aux cépages rhodaniens, syrah, grenache, mourvèdre, il ne faut pas qu’on déçoive», explique Michel Chapoutier, président d’Inter-Rhône. Un observatoire du vignoble a donc été créé. Il analyse 1200 prélèvements dont 400 à l’export et réalise une « veille concurrentielle » en dégustant des vins étrangers de mêmes cépages.

Dans cette « conquête », Inter-Rhône met en avant la restructuration  du vignoble engagée depuis 2009 avec près 8% de la surface replantée soit 5525 ha. 2790 ha sont encore programmés d’ici 2018. Grenache et syrah sont les cépages plus plantés mais également des cépages blancs qui permettent de monter en gamme. Même s’ils ne représentent que 7% du volume,  les blancs des côtes-du-Rhône ont la cote d’autant qu’ils sont mieux valorisés que d’autres. 28 % des restaurateurs les mettent ainsi à leur carte. Sans doute trouvent-ils dans ces vins fins et subtils des opportunités d’accords rares.

Une charte paysagère a aussi été mise en place afin de sensibiliser les vignerons rhodaniens à l’importance des paysages. Elle aura, espère-t-on du côté de l’interprofession, un rôle à jouer dans le développement de l’œnotourisme en termes d’images. Mais de l’aveu même des responsables d’Inter-Rhône, cette charte n’est pas forcément suffisante pour résister à la pression immobilière notamment dans cette Provence qui suscite tant de convoitises. C’est bien là d’ailleurs l’un des dangers qui guettent les côtes du rhône. Dans certains secteurs plutôt au sud, les vignerons -souvent des coopérateurs en appellations régionales- sont âgés et sans successeurs. A l’heure des 35 heures, qui veut encore trimer sur une vigne rhodanienne dont le revenu moyen annuel peut rarement dépasser 13 000 € pour 25 ha ? Inversement, qui va résister aux formidables plus-values d’un terrain viticole devenu constructible à la faveur d’une évolution du Plan Local d’Urbanisme.

Et si de plus aucun viticulteur ne fait partie de l’équipe municipale, la « voix de la vigne » est alors carrément ignorée. Bien consciente du problème, Inter-Rhône a mise en place une charte d’installation des jeunes vignerons incluant, outre un audit de l’exploitation, une réduction de la cotisation à l’ODG. Soit.Mais c’est oublier l’envolée des prix de l’immobilier qui rendent parfois toute installation impossible en dehors de la maison familiale…

 

Arnaud Pignol directeur d'inter-Rhône et Michel Chapoutier, président

Arnaud Pignol directeur d’Inter-Rhône et Michel Chapoutier, président

Michel Chapoutier n’aime ni les aristos…ni les AOC à moins de 5€
A n’en pas douter, Michel Chapoutier penche davantage vers le groove d’un « Summerwine » de Nancy Sinatra qu’un petit doigt levé d’un Talleyrand. «Nous sommes les sans-cravates !  Assez de ceux qui compliquent le vin ! » explique-t-il. Fait-il référence aux Bordelais ou aux Bourguignons ? Le célèbre négociant  des crus du nord des Côtes-du-Rhône travaillant en bio-dynamie devenu président d’Inter-Rhône aime le côté décontracté du vin des Américains qui sont ses meilleurs clients.
Mais pas question de faire du vin de sans-culottes !  le côtes-du-Rhône pas cher n’a pas non plus ses faveurs. «Le vin de comptoirs, c’est terminé, maintenant, les vins du rhône seraient plutôt les vins de la bistronomie.» Pour lui, il ne devrait pas y avoir d’AOC à moins de de 5 €. «Alors une bouteille à moins de 3€ me fair hurler. » lance celui qui plaide pour une stratégie de « premiumisation ».
Pour autant, certaines appellations communales sont devenus des Crus sans que les viticulteurs n’en aient retirés aucun bénéfice. Au contraire. Aucune augmentation du prix de vente n’a pu compenser la réduction des surfaces autorisées et des rendements entrainés par le nouveau cahier des charges comme ce fut le cas à Rasteau devenu cru en 2010.
Pour Michel Chapoutier, il faut voir là la limite du circuit court mis en place par nombre de coopératives qui ont souhaité embouteiller l’intégralité de leurs productions plutôt que de réserver une part au vrac et donc au négoce. «Comme il faut bien écouler les bouteilles restantes coûte que coûte auprès de la grande distribution, on finit par détruire le prix .»

Mais l’homme refuse d’endosser le costume des négociants peu respectueux d’autrefois. «Le « négoce bâché“ c’est terminé. Aujourd’hui, nous sommes aussi producteurs.» Il n’empêche. Même si il assure que les côtes du rhône ont besoin d’un socle AOC régionale pour soutenir l’export et les belles bouteilles des crus haut de gamme, il demeure bien un problème de coopératives trop nombreuses et trop petites pour survivre dans certains secteurs. «Et qui s’avèrent incapables de rémunérer la différence de travail entre les vignerons. » D’où la question que vont devenir celles qui seront incapables de garantir un niveau de qualité et donc un niveau de prix  ?

 

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