Champagne : les Vignerons Indépendants jouent l’environnement

0

vi-logoLa cause de l’environnement progresse à pas de tortue en champagne. L’onde de choc provoquée par l’émission « Cash investigation » consacrée aux pesticides y semble moins puissante qu’en bordelais, l’autre région classée « noire » qui voit une mobilisation croissante des riverains. Sans parler du produit lui-même. Ainsi pour les brut sans année (BSA), le mensuel Que Choisir de décembre 2015 constatait lors de ses tests un retour des odeurs soufrées et de dosages mal intégrés. L’indice inquiétant de la limite du travail au chai pour compenser la dégradation des terres…

Entre Reims et Troyes, certains Vignerons Indépendants (VI) de Champagne sont décidés à se distinguer des grandes maisons et des coopératives en mettant en avant leur engagement pour l’environnement par le biais du bio ou du label Haute Valeur Environnementale (HVE). Moins contraignante, cette certification est basée sur un barème incluant plusieurs critères prenant en compte la biodiversité, comme la plantation de haies ou la réduction des traitements phytosanitaires.

Certes, ce mouvement demeure le fait d’une minorité soit une trentaine d’exploitations sur 360 indépendants. Mais Yves Couvreur, le nouveau président des VI champenois, ne veut pas en rester là. Il souhaite multiplier par deux le nombre d’exploitations impliquées dans la HVE d’ici 4 ans.

Il faut avoir la foi chevillée au corps des premiers apôtres avec le printemps pourri de 2016. Car se passer des herbicides implique de labourer. «Ce n’est pas le plus simple cette année mais on va tenir. » assure par exemple Michel Loriot du champagne Apollonis. Il explique aussi que la HVE a entraîné une forte implication de son personnel. Son de cloche inverse chez son collègue Alexis Leconte, en HVE depuis 2014, qui raconte avoir dû acheter des « raclettes» ces dernières semaines car le passage des tracteurs sur son terroir argileux détrempé était impossible. D’où sa cruelle désillusion quand son personnel a renâclé et menacé pour certains de démissionner devant la pénibilité du travail.
Alexis Leconte a fait ses comptes. Passer en HVE a représenté une augmentation du temps de travail de 25% à mettre au regard d’une économie de produits de traitement pouvant selon les années représenter jusqu’à 30% de ce poste.

Yves Couvreur, explique pour sa part qu’il faut accepter de voir son rendement baisser pendant quatre ans, avant que les sols ne reprennent vie et que la production reparte à la hausse.

Mais il y a aussi de bonnes surprises. Comme une augmentation des expéditions hors de France vers des marchés sensibilisés à la démarche environnementale.
Selon Yves Couvreur, même en France, le public est aussi de plus en plus demandeur d’explications sur le label. Pas sûr que l’argument porte chez les producteurs qui sont focalisés sur le prix du raisin si rémunérateur en Champagne. «Pourquoi changer quand on n’a pas besoin de se remettre en question… Et pourtant un jour la société évolue.» explique un autre vigneron Indépendant. Et ce jour pourrait arriver plus vite qu’on ne le croit. Le champagne, déjà concurrencé par les crémants, voit débouler proseccos et autre cavas à des tarifs compétitifs. Le critère environnemental pourrait dès lors bien devenir l’argument permettant au champagne de justifier ses tarifs. L’argument sera-t-il convaincant pour que les plus rétifs commencent – au moins – à replanter des haies ?

 

Voir la sélection de champagnes de Vignerons Indépendants

Partager sur :

Les commentaires sont fermés.