BISTROS A VIN
>> Des hommes, des femmes et des vins


Le vin des moines de Lérins :
"Au nom de la Syrah
"

Frère Marie Pâques est un moine qui sort de l’ordinaire. C’est le “moine commercial“ de l’abbaye de Lérins. Il est l’un des rares à quitter de temps en temps l’île de Saint-Honorat en baie de Cannes où il vit reclus avec ses 24 frères.
Périodiquement, il monte à Paris, capitale historique du vice et de la tentation (encore que Cannes en période festivalière….). Sa mission : faire découvrir les nectars vendangés et travaillés par ses frères aux clients de ces lieux de perdition que sont les bistros parisiens.

Périlleuse mais indispensable mission pour que l’abbaye survive. D’autant que les bouteilles de Lérins ne sont pas données. Mais cela se voit du premier coup d’œil, Marie Pâques (ci-dessus en mission au Petit Acacia) est un moine solidement charpenté physiquement et psychologiquement, pas le genre à s’émouvoir ni à rouler sous le comptoir ou à s’offusquer d’une saillie un tantinet mécréante. Il fait son boulot qui est de faire déguster et décroche des clients. Parmi ses références lutéciennes, le Lutétia, le Fouquet’s, le Café de la Paix…

Lérins c’est l’un des monastères les plus anciens d’Occident puisque sa fondation remonte au Vème siècle après JC. En ce monde voué au matérialisme le plus débridé, même les moines les plus ascétiques ne peuvent vivre uniquement d’amour de dieu et d’eau fraîche ou des donations des fidèles comme sous au temps du "Nom de Rose". Les Moines ici ont fait durant des siècles liqueurs et chartreuses, le vin étant un revenu d’appoint. Au début des années 90, les moines se sont mis à replanter leurs 7,5 hectares de vignes pour moitié en Chardonnay et en Syrah et à les travailler selon un “mode de production raisonnée“.
Au final, qu’il s’agisse de la Cuvée Saint-Honorat en rouge ou de la Cuvée des Embruns en blanc, on arrive avec des vins amples et parfumés, vins qui sortent de l’ordinaire puisque issus d’un terroir tout petit entouré par les embruns de Méditerranée, vaporisé d’odeurs d’eucalyptus et de pins maritimes avec des possibilités de garde de dix ans. Ils font aussi des liqueurs et des eaux de vie. Des breuvages dont il ne faut pas abuser sauf à entonner des chansons de moines de paillards.

Laurent Bromberger



Un terroir mythique ?

Frère Marie Pâques ne nie pas que les prix des bouteilles de Lérins soient assez élevés : «Vendre un vin, c'est vendre une histoire. Il est vrai qu’avec l'abbaye de Lérins il y a un mythe. Nous aurions sans doute beaucoup de mal à écouler si nous étions des producteurs lambda sur le sol métropolitain. Mais attention, il n’y a pas que la com dans le succès de notre vin, je le constate dans les salons, année après année, à l'occasion des dégustations, notre vin est un produit exceptionnel.» Les clients doivent s'en rendre compte, et puis il y a la rareté de ce terroir. Au final, les efforts de Marie Pâques et de ses frères sont peu à peu couronnés de succès puisque le frère avoue que ses 30 000 bouteilles sont presque toutes pré-vendues.

En savoir plus

http://www.abbayedelerins.com/